Le bas des pistes (Neige 5) (14/02/2007)

gettiers

Le bas des pistes

Le bas des pistes est un endroit fascinant pour qui veut jouer les entomologistes. Un spectacle permanent. Attention, je n’ai pas dit le bar des pistes, ça, c’est encore autre chose, non, je parle de ce « kiss and cry » pour reprendre des termes chers aux émérites commentateurs de patinage artistique qu’est l’étroite bande entre la route et la piste. Là où démarrent les remontées mécaniques, là où se retrouvent les champions qui viennent de dévaler impeccablement la piste et s’arrêter dans un crissement et une gerbe de neige, « elle est bonne, hein ? » Car le vocabulaire du skieur-surfeur est extrêmement riche et porte essentiellement sur 1) le temps qu’il fait, 2) corollaire du premier, la qualité de la neige, 3) les performances dudit skieur-surfeur sur ladite surface, et là, la loquacité n’a de limites que celles du vocabulaire du locuteur…

Donc ce qui frappe d’abord en bas des pistes, c’est la foule. Les gens attendent.

Ils attendent quoi ? plusieurs possibilités s’offrent à eux : ils attendent dans une longue file leur tour pour grimper dans le télésiège ou le téléski qui les mènera en haut des cimes, cet ailleurs inaccessible à celui qui reste les deux pieds dans ses après-skis (pourquoi « après », puisqu’il n’y a jamais eu d’avant en ce qui me concerne ?). Et ils attendent, disciplinés comme ils l’ont été, comme le seront dans la navette qui les ramènera le soir venu.

Ils attendent le moniteur, sagement rassemblés sous le panneau qui dit « Rendez-vous des leçons particulières » ou bien « Cours collectifs », cet être de rouge vêtu, lunettes-miroir greffées sur le nez, la peau d’un vieux loup de mer, usée non par les embruns et le rhum, mais le soleil, la neige et le vin chaud, cet être qui arrivera et dira : « Alors, tout le monde va bien ? On y va ! »

Ils attendent que leur gamin, grand comme leurs bâtons, trébuchant dans ses lourdes chaussures jaune poussin, soufflant, ahanant, pleurnichant « Je veux pas y alleeeeeer » tout en manquant de lâcher sa paire de skis à chaque nouveau soubresaut soit pris en charge par le système, ne manquant de lui assurer : « Tu vas voir, ce sera super quand tu sauras skier, on pourra partir tous ensemble » et songeant : « Pourvu que l’autre arrive vite, elle a l’air géniale, cette neige, il ne faudrait pas que j’en manque une miette »…

Il y a aussi les débutants qui se voient. Ceux qui n’arrivent pas à s’arrêter correctement. Ceux qui crient « Attention ! » quand ils vous foncent dessus et finissent par s’affaler lourdement et ressembler à des tortues renversées sur le dos et qui ne parviennent pas à se remettre sur pattes.

Ceux qui téléphonent et s’engueulent : « Mais on avait dit « Les Gettiers ! T’es où alors ? t’imagines, ça fait au moins deux descentes de perdues ! »

Et ceux qui profitent du soleil – quand il est là – à demi allongés dans des transats, un livre dans une main, le tube de crème dans l’autre.

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