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Mode et anorexie - Le diable s'habille en Prada

Imprimer Catégories : Littérature gourmande

pradaJe sais que certains risquent de s'étrangler en découvrant dans ma catégorie "Littérature gourmande" un extrait du Diable s'habille en Prada, mais j'assume.

Une amie m'a récemment conseillé le roman de Lauren Weisberger. "Franchement, il faut absolument que tu le lises, c'est à mourir de rire !"

Moi, ça ne m'a pas fait mourir de rire, au contraire... D'abord j'ai été atterrée par l'univers présenté (celui des magazines de mode américains - mais j'imagine bien qu'il ne doit pas être très différent de celui des français...), ensuite absolument écoeurée par la débauche d'argent et de futilité déballée sur cinq cents pages (je ne suis pas naïve, je sais bien que ça existe, mais quand même...) et, somme toute, bien peu amusée par cet esprit si typiquement branché new yorkais.

(Attention, qu'on ne se méprenne pas ! je suis loin d'être une bonne soeur et Vente-privée est ma plus fidèle amie, mais quand même...).

Un passage a particulièrement retenu mon attention : Andrea, la jeune stagiaire, un mètre soixante dix-sept pour cinquante trois kilos, se rend à la cafeteria d'Elias-Clark, le groupe de presse auquel appartient RUNAWAY, le magazine pour lequel elle travaille. Voici :

LE DEJEUNER DANS UN MAGAZINE DE MODE

J'ai fendu le groupe de commères et j'ai senti qu'elles se retournaient sur mon passage pour voir si j'étais une figure connue. Négatif. J'ai traversé la cafétéria d'un pas décidé, ignorant les présentoirs alléchants d'agneau et de veau marsala ; dans un élan de volonté, je suis passée sans m'arrêter devant les pizzas du jour aux tomates séchées et au chèvre. Il était bien moins aisé de contourner la pièce maîtresse du restaurant, le salad bar (également connu sous le sobriquet de "Potager"), un présentoir aussi long qu'une piste d'atterrissage et accesssible par quatre endroits différents, mais les hordes compactes m'ont laissée passer quand je les ai eu rassurées à voix haute que je n'allais pas leur faucher sous le nez les derniers cubes de tofu. Tout au fond, esseulé derrière le comptoir des panini qui resssemblait à un  présentoir de maquillage, se trouvait le bar à soupes. Comme toujours, il était déserté, car le chef préposé aux soupes refusait catégoriquement de proposer une seule soupe à 0% de matière grasse, ou allégée, pauvre en sel ou en glucides. Résultat : c'était le seul stand de la salle à n'avoir aucune queue, et chaque jour, je fonçais directement sur lui. Comme apparemment j'étais l'unique personne de la société à manger de la soupe (et je n'étais là que depuis une semaine), les décideurs du groupe avaient raccourci le menu à une soupe quotidienne. Je rêvais d'une soupe de tomates au cheddar. A la place, il m'a tendu un bol géant de bouillon aux palourdes, une recette typique de la Nouvelle-Angleterre, en me précisant avec fierté qu'il l'avait préparée avec de la crème épaisse. Trois filles qui s'affairaient au Potager se sont retournées pour me dévisager. Le seul obstacle qu'il me restait à surmonter à présent était de me faufiler dans l'attroupement qui encerclait le comptoir où un chef invité, vêtu de blanc de pied en cap, préparait des plateaux de sushis devant une cour de fans en pâmoison. [...]

La petite caissière a regardé ma soupe, puis mes hanches, avant de se décider à encaisser. A moins que je ne l'aie rêvé ? Non, franchement, cette fille avait eu la même espression que si elle avait aperçu une personne de deux cent cinquante kilos attablée devant huit Big Macs : vous savez, un discret haussement de sourcils, comme pour demander "Avez-vous vraiment besoin de ça ?" Mais j'ai muselé ma paranoïa en me souvenant que cette nana était caissière de cafétéria, et non une conseillère Weight Watchers. Ni une rédactrice de mode.

- C'est rare, par les temps qui courent, les gens qui mangent de la soupe, a-t-elle remarqué en pianotant sur son écran.

- J'imagine qu'il n'y a guère d'amateurs de bouillon de palourdes, ai-je marmonné en glissant ma carte dans le lecteur et priant pour que ses mains aillent plus vite.

Ses doigts se sont immobilisés, et elle m'a fixée, les yeux étrécis.

- A mon avis, c'est plutôt parce que le chef s'obstine à cuisiner des trucs qui font grossir. Vous savez combien il y a de calories là-dedans ? Vous avez une idée du poids qu'on risque de prendre en mangeant ça ? On pourrait grossir de cinq kilos rien qu'en la regardant - et vous n'êtes pas de celles qui peuvent se permettre de prendre cinq kilos, semblait-elle sous-entendre.

Lauren WEISBERGER, Le Diable s'habille en Prada, 2003.

Juste pour info : l'obésité aux USA ets de 33% des hommes, 36% des femmes, 12% des adolescents et 14% des enfants (chiffres à consulter ici). A trop diaboliser...

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Commentaires

  • Tout comme toi, ce passage m'a fait hurler et pas de rire du tout !!! J'ai apprécié ce livre sur le moment mais avec le recul, ton analyse est parfaite. Ecoeurant ....

  • ..mais ce livre a au moins le mérite de bien "croquer" ses personnages! Tout un univers impitoyable!

  • Je l'avais bien aimé aussi !

  • J'ai trouve l'histoire bien racontee et j'ai applaudi a la fin... C'est vrai que le roman est sans pitie pour le monde de la mode mais, apres tout, chaque industrie a ses travers. Evidemment, un livre dur le milieu de la mode c'est plus glamour et ca vend plus qu'un gros pave les travers de l'industrie pharmaceutique ou petroliere !!

  • J'ai regretté que la fin soit si prévisible, et qu'elle arrive si tard, mais dans l'ensemble j'ai bien ri. Même si il est par plein d'aspect complètement réel, ce récit est un roman et il m'a fait passer un très bon moment. La société américaine? Bah oui, on le sait déjà non?

  • j'ai récupéré le livre hier, mes commentaires viendront donc bien plus tard.Etant actuellement au régime suite à une mise en garde musclée de mon médecin (ce muffle a osé me traiter d'obèse), vous pouvez imaginer que j'essaie d'ingurgiter des légumes et des légumes, sous toutes les formes possibles (sans pour autant avoir l'ambition de devenir une diablesse en Prada)Et bien ce midi, c'était justement une soupe de légumes, et peut être pas une de celles du roman. Il s'agit de la soupe légère de Liebig, celle au légume et gruyère fondu, celle qui ne contient que 0.9 % de matières grasses et 79 kcal par bol. Un vrai régal. Contenue dans une bouteille agréable à la vue et au touché, réchaufée au micro onde sur mon lieu de travail, 2 assiettes + 1 tomate en entrée et un yahourt au fruits 0% de sucres ajoutés et 0% de matières grasses... Je suis rassasiée.Alors oui, on peut manger des soupes sans pour autant prendre 5 kg rien qu'en les regardant.

  • Bien sur on ne peut pas juger d'un livre en quelques lignes, mais tu ne me donnes toujours pas envie de le lire. Je trouve que la plupart des romans publies aujourd'hui en France n'ont rien a voir avec de la litterature, mais je suis peut-etre vieux jeu...

  • Certaines vont encore me dire que je raconte ma vie... et bien oui, je raconte ma vie. Etant actuellement malade, je suis rentré prématurément de mon travail hier pour me coucher... j'ai dormi de 16h30 à 21h30... et bien sur, impossible de me rendormir tout de suite alors j'en ai profité pour finir ce livre "le diable s'habille en Prada".Tout au long de l'histoire, j'avais une boule au ventre à lire les péripéties d'Andrââââââ et heureusement que ça se termine comme ça se termine... A aucun moment je n'ai rigolé, bien au contraire, et je ne doute nullement que ça doit se passer comme ça dans la réalité et pas seulement dans le monde de la mode.

  • En effet y a pas que dans le milieu de la mode que ça peut se passer comme ça.Mais bon, là, on parle plus de cuisine alors je me tais.

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