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  • "Sans pile on perd la face"

    Imprimer Catégories : Les chroniques de Ronchonnette Casse-Bonbons

    J’emprunte cette citation à un de mes auteurs favoris, Pierre Desproges, et je me permets d’utiliser en préambule de mon article le début de son sketch, « les Piles » que vous pourrez écouter ici dans son intégralité.

    A propos de piles, permettez-moi de vous raconter une histoire totalement authentique dont je fus naguère le triste héros.

    J’insiste sur le fait qu’elle est authentique car c’est à peu près son seul intérêt.

    Je veux dire qu’il s’agit d’une anecdote relativement ennuyeuse, dont on pourrait à l’extrême rigueur tirer une morale dont l’utilité ne m’apparaît cependant pas évidente. 

    J'appartiens au camp de ceux qui ne manifestent absolument aucun intérêt au sujet des voitures. Pendant longtemps, durant cette époque éloignée que nous appellerons les années 90, je ne caressais qu'un seul fantasme : avoir une Twingo. C'est vous dire l'ampleur de ma vocation automobile... Idéalement, un chauffeur privé m'irait parfaitement. Et plus pragmatiquement, si les transports en commun pouvaient chaque matin me mener devant mon lieu de travail en moins d'une demi-heure - autrement dit si la circulation inter-banlieue existait réellement et efficacement - je les emprunterais sans problème. 

    Quand je dois faire un trajet automobile avec quelqu'un, je ne suis jamais celle qui se bat pour conduire, mais plutôt celle qui saute de joie quand on me propose : « je conduis ? » 

    C'est pour ça que ma Renault Zoé me convient parfaitement. Je m'installe, j'appuie sur un bouton, et en deux temps trois mouvements, dans une parfaite zénitude, elle m'emmène là où je veux. Du coup, lorsque je dois reprendre un véhicule d'un autre temps, de ceux qui font du bruit, sentent mauvais ou me demandent de passer des vitesses, ça m'ennuie assez prodigieusement, je l'avoue. 

    La Zoé a été pour moi du même fantasme que la Twingo des années 90. Je me souviens, c'était en août 2012 que je l'ai découverte de « pour de vrai », à Paris, sur les Champs-Elysées. Et que j'ai su que c'était cette voiture-là que je voulais. Donc c'est que cela a été possible, je suis passée à l'acte. 

    Courant novembre 2014, je signais mon engagement, et, le 19 décembre, j'allais la chercher à la grande concession Renault. Grand moment que celui de la livraison. Deux véhicules thermiques étaient livrés en même temps que le mien et, apparemment, malgré le rendez-vous pris une semaine à l'avance, le personnel compétent devait manquer puisque les deux jeunes gens qui m'ont remis le véhicule n'avaient visiblement qu'une idée assez floue de la voiture électrique et semblaient plus préoccupés de m’expliquer le principe de la boîte automatique - « parce quand même, si vous avez pas l’habitude… » En substance, ma voiture avait un volant, des commandes autour, et ils étaient surtout soucieux de s’assurer que j’avais bien compris qu’elle avait une prise. « N'oubliez pas de la rebrancher chaque fois que vous rentrez chez vous, l'ont-ils dit. C'est plus sûr. Parce que quand même, c’est électrique. » 

    Ce que naïvement j'ai fait. Ou presque. Ne poussant tout de même pas le vice à le faire à chaque fois - même si j'avais bien compris que c'était par la prise que ça se rechargeait -, tout au plus quand l'indicateur de batterie m'indiquait 50km. 

    Car j'ai oublié de dire : je fais partie des gens qui regardent le tableau de bord et les indications qu'il donne. « Big mistake » , comme dirait Pretty Woman. 

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    Donc, bête et disciplinée, je prenais ma voiture chaque matin, m'émerveillant de découvrir un joli 139-145km s'y afficher lorsque je venais de la recharger. Et je m'amusais à observer pour chaque trajet ou presque mes statistiques de conduite, mettant un point d'honneur à évoluer entre 89 et 91/100, avec des « chutes » à 86 (mais, ça, c'est généralement quand mon mari la prenait...) et les pointes à 94 !

    C'est pourquoi je n'ai pas compris pourquoi, vers la Toussaint 2015, j'ai vu le kilométrage annoncé sur l'affichage descendre. 115 en moyenne, voire 98 quand on avoisinait les 3 degrés. Les températures étaient douces, surtout en regard de l'année précédente, et pour moi, rien n'expliquait cette baisse. Je m'en suis ouverte à mon garagiste, lorsque j'ai pris rendez-vous pour la révision annuelle, et il a a dit que oui, ce n'était pas très normal, avant un an, et qu'il se renseignerait. Et puis, le temps a passé, il a oublié, je l'ai relancé, puis rien. J'ai donc contacté le service Renault, qui a gentiment ouvert un dossier et programmé un test de la batterie avec un de ses concessionnaires. Résultat : 94% de charge, tout va bien, rentrez chez vous. Circulez, y a rien à voir. 

    Oui, mais non. Tout n'allait pas bien puisque, suivant les indications de mon tableau de bord, je devais recharger quatre fois par semaine ma voiture là où avant je la chargeais deux fois ! 

    J'ai donc réalisé une petite vidéo pour raconter ma mésaventure, montrant concrètement à quoi ça ressemblait de prendre sa Zoé annoncée chargée, un après-midi d'hiver par 8° (11° indiqué sur le thermomètre de la voiture), et de la voir afficher 98% de charge et 114 km. 

    Et là... ça n'a pas plu à tout le monde. « Big mistake » , comme redirait Pretty Woman.

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    « Inutile » , « argumentation aisément démontable », des interprétations diverses et variées, tout y est passé. On m'a même signifié que 22°, dans une voiture, c'était n'importe quoi et que je n'avais qu'à m'habiller correctement ! Et des commentateurs m’ont informé de l’ouverture d’un « fil » sur mon cas, m’indiquant le lien vers leur forum et me conviant à venir y jeter un œil.

     Oui, l'affichage était fantaisiste et alors ? Tout le monde le savait et quand on connaissait son véhicule, quelle importance ! On est des pros ou pas ?

    Ben non, justement. Pas tout le monde. Il existe des gens pour qui une voiture, ce n'est pas censé être une source d'interrogations ou un cobaye pour ego (le challenge de celui qui roulera le plus longtemps... de celui qui a les meilleures statistiques... de celui qui la plus grosse... érudition dans ce domaine…). 

    Comme me l'a fait remarqué quelqu’un, « il semblerait votre vidéo a déclenché la colère […] ce qui prouve que vous n'avez pas du taper loin d'un gros point faible qu'ils veulent taire. »  Et la personne de conclure : « vous vous avez osé critiquer un véhicule aussi parfait, vous n'avez vraiment pas peur ». 

    Loin de rentrer dans un hypothétique scénario complotiste, je me suis contentée de répondre, point par point, et de me voir, dans certains cas, soutenue voire encouragée par d'autres qui faisaient les mêmes remarques, dont je me contenterais de reprendre une des  dernières, peut-être la plus synthétique : il me semble tout à fait légitime qu'on (se) demande au bout d'un an pourquoi la batterie pourrait avoir perdu tant de capacité en usage considéré comme normal.

    C'était presque rassurant de l'entendre dire... Que des batteries s'usent, je n'en avais jamais douté malgré ce que certains semblaient penser, mais que cette baisse soit aussi rapide, j'avais beau n'être qu'une béotienne, littéraire de surcroît, prof et youtubeuse pour enfoncer le clou, il n'empêche que cela m'interpelait. 

    Néanmoins, j'ai persévéré. Suivant les conseils d’autres, j'ai décidé de vider consciencieusement ma batterie pour repartir de zéro, en notant kilomètres annoncés, kilomètres effectués, température, pourcentage de charge annoncée. J'ai donc amené ma batterie à 9% et je l'ai rechargée. 

    Et là, première surprise. Voiture affichant un 100% et 126 km d'autonomie par 7 degrés. Presque quatre mois que je n'avais pas connu ça. 

    Donc j'en suis arrivée à la conclusion suivante : il faut vider la batterie pour récupérer de la charge. Ce qui m'a été confirmé par un ingénieur depuis, s'étonnant que Renault ne m'en ait rien dit lors de la remise du véhicule. Et s'étonnant d'autant plus que personne ne l'ait fait depuis, préférant faire des tests. 

    En revanche, lorsque deux jours plus tard, je l’ai rechargée tandis qu’elle affichait 39% d’autonomie, cette fois, au matin, je n’avais plus que 106… et 97% à 5° !

    Allez comprendre. Surtout que remise en charge, une heure plus tard, elle affichait ses 100%… mais 109 km !

    Comme je l’ai conclu dans ma vidéo, ma Zoé est curieuse, imprévisible, casse-pied, énervante pour toutes ces raisons, mais je l’adore quand même ! Il n’empêche que cette histoire d’affichage, de batterie, ça mérite peut-être d’être soulevé.

    La révolution est comme une bicyclette : quand elle n'avance pas, elle tombe !

    - Eddie Merkx ! 

    - Non… Che Guevara. 

    Gérard Oury, Les Aventures de Rabbi Jacob, 1973

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