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Ma Bibliothèque... verte ! - Page 2

  • L'Excuse (J. WOLKENSTEIN)

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    L'Excuse de Julie WOLKENSTEIN est un roman formidablement brillant. Je dirai même étincelant.

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    "J'aurais dû m'en apercevoir dès le début : la première fois que je l'ai vue, le soir où elle a débarqué sur l'île avec ma mère et s'est encadrée dans la porte-fenêtre, éblouie par le décalage horaire et le coucher de soleil, tout coïncidait, tout concordait. Nous reproduisions déjà à notre insu la situation de départ de ce vieux bouquin de James que, comme tous les étudiants américains, j'avais lu à la fac quelques années plus tôt. Sur le moment je n'ai rien compris. Mais maintenant j'en suis sûr : sa personnalité, sa vie, ses voyages, ses amis, les hommes qui l'ont aimée, celui qu'elle a épousé, ses enfants, ses deuils, tout a été écrit, imaginé il y a un siècle. Je ne suis pas superstitieux. Je ne suis pas fou. Je ne crois pas au destin. Mais le sien imite exactement celui d'un personnage de roman qu'elle ne connaît même pas. Et qui se termine par ma mort - je veux dire la mort de mon modèle, Ralph. Elle, l'héroïne, on ne sait pas ce qu'elle va devenir. Mais je peux peut-être déjouer cette espèce de malédiction. Je n'ai plus beaucoup de temps, je sais ce qui me reste à faire."


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    Le résumer à un exercice de style réussi serait par trop réducteur : c'est à la fois un roman palpitant, un policier à rebondissement et une réflexion sur la lecture et l'écriture. L'idée semble simple, et presque déjà vue : la vie de Lise Beaufort, jeune Française débarquée un beau jour aux États-Unis chez la première femme de son père, serait l'exacte reproduction du destin d'Isabelle Archer, l'héroïne du roman d'Henry JAMES, Portrait de femme. C'est son cousin - qui n'en est pas vraiment un puisqu'il est le fils de la première femme et n'a donc aucun lien de parenté "sanguin" avec Lise - qui le dit, qui l'affirme et qui va tenter de lui prouver, tout au long du livre, tout au long de sa vie, puisque les deux se confondent.

    Car là est le prodige et là est le vertige : littérature et vie se mêlent, s'entremêlent, deviennent inextricables au fur et à mesure que Lise progresse dans sa vie et dans sa lecture. Le roman débute à la fin de la vie de Lise, de retour à Matha's Vineyard, dans la demeure des origines. Tous sont morts et elle reste la dernière, celle qui doit déchiffer tous les signes, tous les indices que Nick lui a destiné, accompagnés de ses derniers mots de mourant : "Garde contre". Va s'ensuivre une histoire pleine de péripéties où le jeu de tarots tient une grande place.

    Ce roman est truffé de références, qu'elles soient littéraires, cinématographiques ou carrément érudites. Ne pas les connaître toutes ne pénalise absolument pas la lecture. En revanche, en retrouver certaines plonge dans un état de jubilation intense... Je n'ai personnellement jamais lu Portrait d'une femme - je sais, je sais, honte à moi - mais cela ne m'a absolument pas empêché d'évoluer dans le labyrinthe du roman. J'y ai retrouvé les théories d'Umberto ECO sur le "lecteur modèle", extraites de son Lector in fabula, analysées ici, ou encore l'esprit de Proust, cité d'ailleurs en exergue du livre.

    Ce roman est celui d'une universitaire, c'est indéniable. Il n'est cependant jamais pesant ou pédant, car la vie prend le pas sur la théorie. Oui, "la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature", comme le dit Proust (voir plus bas l'extrait du Temps retrouvé où j'ai piqué la citation), oui, le lecteur a un rôle, celui de retisser les fils que l'auteur a laissé volontairement lâches. Mais tout ceci se fait dans le bonheur, celui des verres de champagne, des clam chowders et des baignades en mer, des apéritifs pris ensemble et des parties de tarot ardemment disputées. La vraie vie, donc...

    L'extrait que j'ai choisi n'est pas véritablement représentatif du roman - mais il serait impossible d'en extraire un échantillon sans trop en dire. C'est cependant un passage qui me parle, car je m'y suis toute entière retrouvée, comme, je pense, s'y retrouveront beaucoup de ceux nés dans les années soixante et soixante-dix...

    LES LECTEURS DE CASSETTES

    Les lecteurs de cassettes ont disparu depuis plusieurs décennies. Si les disques en vinyle ont connu une seconde vie à l'ère des remix, ma génération est la dernière à avoir enregistré patiemment ses airs préférés sur les premières radios libres, fait ses devoirs la main gauche toujours prête à enclencher le bouton qui fera succéder un Bowie à un Nino Ferrer, selon la programmation aléatoire de la station élue, alourdi ses valises pour emporter en vacances les précieuses petites boîtes en plastique et écouté, malgré le grésillement sporadique (les conditions d'enregistrement n'étaient pas toujours optimales [...]), les airs s'enchaîner maladroitement, les premières et les dernières mesures toujours interrompues par un fragment de jingle inopportun, à mémoriser cette succession au point d'être surprise quand, dans un bar, une soirée, un air entendu cinquante fois sur "ma" cassette n'était pas immédiatement suivi du même, dans le même ordre, que sur "ma" cassette. C'était avant la commercialisation des compilations, les lecteurs numériques, les bandes avaient tendance à s'enfuir de leur logement, à s'emmêler en serpentins brunâtres qu'on lissait patiemment, desespérés lorsque notre création, l'intime sélection de nos toquades pourtant souvent imméritées succombait aux heures passées en vrac dans des sacs à main trop remplis, des boîtes à gants de voitures encombrées d'ennemis tranchants : clefs, trombones, petite monnaie. Parce qu'on perdait vite les boîtiers en plastique transparents. Seuls quelques obsessionnels prenaient la peine d'inscrire sur l'étiquette les titres des chansons. [...] quand on n'en avait plus de vierges, il suffisait de coller de bouts de scotch sur les bitoniaux du dessus pour convertir de vieilles reliques de notre enfance (Pierre et le loup dans le meilleur des cas, ou, pire, donc moins sacrilège, Anne Sylvestre) en futurs souvenirs de l'été 1984. Et quand on les rembobinait, on savait infailliblement combien de temps laisser l'index appuyé pour revenir au début de la dernière ("Oui ! encore une fois Big in Japan") [...]

    Julie WOLKENSTEIN, L'Excuse, 2008.

    Merci à Clarabel, pour le prêt.

    La grandeur de l'art véritable, au contraire de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.
    La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas «développés». Notre vie ; et aussi la vie des autres car le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.


    Proust, Le Temps Retrouvé, p.289-290, édition G.F.

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  • "Moi, j'écris pour agir" - Vie de Voltaire (M. GALLO)

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    Pour parler clairement, les biographies m'ennuient. Pourquoi avoir choisir d'en lire une, me direz-vous ? Ben... un peu parce que j'étais obligée... j'avais participé à l'opération Masse critique de Babélio et parmi les multiples croix que j'avais cochées, c'est celle-ci qui fut retenue :

    Mon profil sur Babelio.com
    Voltaire.jpg

    "La statue et la gloire de Voltaire cachent l'homme de chair. C'est celui-là que Max Gallo veut ranimer dans cette Vie de Voltaire. De sa naissance à sa mort, à 84 ans, à une décennie de la Révolution, on voit surgir un homme décidé à forger son destin jour après jour, mot après mot. Des milliers de vers, des dizaines de tragédies, essais, contes, pamphlets, études historiques, et près de quarante mille lettres, cette œuvre, cette vie reflètent tout le XVIIIe siècle, celui des Lumières, du parti philosophique, de la lutte pour la tolérance, l'abolition de la torture. Voltaire veut être le visage majeur de ce temps décisif. " Moi, j'écris pour agir ", dit-il. " Il faut dans cette vie combattre jusqu'au dernier moment. " Mais tout cela, immense, n'est rien encore. Max Gallo dévoile les autres visages de Voltaire : ambition, habileté, prudence, goût de la richesse. Impitoyable et méprisant. Grincheux et souffreteux, mais capable de passion pour la " sublime Emilie ". Homme de contradictions. Courtisan et courageux. Roué de coups parce que roturier et jeté à deux reprises à la Bastille, mais ne cédant pas. Plaçant la liberté au-dessus de tout. Désireux d'" écraser l'Infâme ", l'Église, mais écrivant que " si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer ". Voyant " les hommes tels qu'ils sont : des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue ", mais ajoutant " où est l'amitié est la patrie."

    Il se trouve que (par le plus grand des hasards et surtout celui de la nécessité), je me trouve plongée (entre autres) dans l'oeuvre de VOLTAIRE. Donc, soyons logique, ce livre aurait pu, aurait dû même, me plaire. Mais non, ça n'a pas marché. La raison première en est que je n'ai jamais pu adhérer au style de Max GALLO et, partant, m'intéresser à ce qu'il racontait. La côté "narration in vivo", pris sur le vif, m'a prodigieusement ennuyé. Raconter une vie au présent afin de la rendre plus proche, ça ne fonctionne pas avec moi. Ensuite, il faut bien le reconnaître, et c'est la raison pour laquelle les biographies m'ennuient, c'est que je n'ai pas trop envie de connaître le pire des grands hommes, qui plus est lorsqu'ils sont grand écrivains. Leurs petites mesquineries m'ennuient, et ce livre en est truffé.

    Il a de la peine à se lever. Son bas-ventre est plein d'un feu ardent qui le dévore. Mais il veut contenir et dominer la douleur, oublier ses entrailles purulentes, ces glaires jaunâtres, pus mêlé à des filets de sang que, lorsqu'il peut enfin uriner, il considère avec effroi.

    La mort est en lui, si présente que, la souffrance devenue forte, il en oublie les heures de bonheur et de gloire qu'il vient de vivre.

    C'est comme si la maladie de son corps gangrenait non seulement sa vessie, son ventre, mais Paris et Versailles. (chapitre 55)

    Enfin j'ai regretté le peu de place accordé aux oeuvres de Voltaire. Vous me direz, ce n'est pas ce que les lecteurs recherchent... Mais je vous répondrai : à quoi bon savoir que VOLTAIRE avait des problèmes gastriques, quand on sait que c'est l'homme qui a écrit :

    Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils sont frères ! Qu'ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l'industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l'instant de notre existence à bénir également en mille langage divers, depuis Siam jusqu'à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

    VOLTAIRE,  "Prière à Dieu", Traité sur la Tolérance, 1763.

    Reste un contexte politique et historique bien rendu, c'est déjà ça...

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  • L'Elégance des veuves (A. FERNEY)

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    L'air de rien, je suis une incorrigible naïve... Il suffit qu'on me propose de participer à une chaîne de lecture (envoie un livre au premier de la liste, diffuse cette lettre et tu en recevras 36) pour que je saute sur l'occasion. Et vas-y que je cherche LE bouquin que j'ai envie de faire partager et que, comme une gamine, je trépigne devant ma boîte en attendant les livres qui ne devraient manquer de tomber à la pelle.

    Ouais. Eh bien, en guise de pelle, je me suis plutôt pris le manche puisqu'en tout et pour tout je n'ai reçu à ce jour que... quatre livres sur les trente-six promis. Naïve, je vous dis...

    Il n'empêche que le premier que j'ai reçu m'a ravie (merci à Evelyne). J'ai d'abord adoré sa couverture que je trouve magnifique :

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    "C'était un bourgeonnement incessant et satisfait. Un élan vital (qu'ils avaient canalisé, un instinct pur (dont ils ne voulaient pas entendre parler), une évidence (que jamais ils ne bousculaient), les poussaient les uns après les autres, à rougir, s'épouser, enfanter, mourir. Puis recommencer. Les uns après les autres ils savaient que telle était la meilleure tournure des choses : que le Seigneur bénisse des alliances, que les jeunes ventres enflent dans l'allégresse, et que les anciens bercent des nouveau-nés propres et emmaillotés. Le grand arbre familial étendait ses branches de plus en plus loin, année après année éparpillant des feuilles, au gré des mariages les enfants quittant les parents, dans l'espace entier. " Dieu ne nous a pas créées pour être inutiles ", telle était la devise des femmes de cette famille."

    Même si je répugne à l'expression, c'est vraiment un livre de femme. Un livre fait de chairs et de sang, un livre de vie et de mort, où les femmes apparaissent à la fois comme le fil conducteur et les gardiennes de la lignée. Un genre de vestale, mais des vestales qui auraient enfanté.

    Que raconte ce livre ? Des histoires de femmes, depuis Valentine, la première, jusqu'à son arrière petite-fille. Et c'est toute la fin du dix-neuvième et le vingtième siècle qui défilent à travers ces cent vingt-six pages (car ce roman est court), l'histoire d'une émancipation qui n'en est finalement pas tout à fait une, l'histoire de femmes, de filles, de mères et d'enfants.

    Livre de femme disais-je, et je serai d'ailleurs curieuse de connaître l'avis d'un homme sur cet ouvrage, tant l'écriture comme les thématiques me semblent si spécifiquement féminines, comme si "ça ne pouvait pas les intéresser". L'écriture est indicible, à la fois fluide, longue comme une inspiration et extrêmement précise, voire pointue.

    Je n'avais jamais lu d'Alice FERNEY. J'ai très envie d'en lire d'autres.

    Il avait dit : Gabrielle, je ne veux pas dire encore que je vous aime, mais j'ai la résolution et l'ardeur pour le faire, c'est la seule chose qui compte.

    Vous non plus d'ailleurs n'en êtes pas vraiment à l'amour. Car maintenant nous ne sommes que des étrangers l'un à l'autre. Nous apprendrons. Ce n'est pas un paradoxe vous savez. L'amour n'est jamais donné, et si l'on croit cela, il faut s'en détromper. Car lorsque par un heureux hasard il l'est, ce n'est jamais que pendant quelques jours.  Quelques jours partagés, quelques contraintes, quelques gênes, qui suffisent  à le reprendre pour peu que la volonté ne s'en mêle pas. Gabrielle, j'aurai peut-être une manière de me tenir à table qui vous déplaît, vous n'aimerez pas la campagne et moi je l'adorerai, vous voudrez dix enfants et moi je n'en voudrai pas, vous honorerez Dieu et moi je n'y croirai pas, mille détails d'importance nous en menaceront toujours. Il faudra de la volonté. [...] Je suis curieux du monde et je voudrai vous le montrer. Je me sens même un grand élan pour cela, mais un élan maladroit, car j'ai envie d'aller vers vous et en même temps je n'ose pas. [...] Gabrielle voulez-vous être mon épouse et ma vie ?

    Gabrielle n'avait rien dit. Charles voyait ses yeux brillants d'eau, et le sourire embarrassé qui cachait mal sa surprise. Il la trouvait moins belle ainsi, son visage était froissé. A l'un et l'autre ce moment avait suffi. Plus tard Charles mettrait sa clef dans la serrure et s'en irait dans son bureau. Peut-être parce qu'il saurait que Gabrielle, commelui, avait décidé de l'aimer.

    Alice FERNEY, L'Elégance des veuves, 1995.

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  • Twist (D. BERTHOLON)

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    S'il y avait un livre que je n'avais pas particulièrement envie de lire à cette rentrée littéraire, c'était bien celui-ci :

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    "Guéthary, 14 juin. Madison, 11 ans, est enlevée au retour de l’école. Au fond de la cave qui lui sert désormais de chambre, elle essaie de comprendre le pourquoi du comment : avec cette foi des enfants qui ne renoncent jamais, elle recompose son monde au fil de ses cahiers. Deux voix lui font écho, celle d’une mère brisée mais qui espère toujours, et celle de Stanislas, le bel étudiant qui donnait à Madison des cours de tennis, au seuil de sa vie d’homme. Delphine Bertholon nous livre un roman bouleversant sur l’enfance et ses élans, sur l’attente, mais surtout sur l’enfermement et toutes les stratégies que nous inventons pour survivre, chacun à notre façon. Car les failles qui dorment en nous sont parfois plus redoutables pour emmurer les êtres que les barreaux d’une prison…"

    Et puis il y a eu l'avis de Clarabel, la générosité de Clarabel, via Cathulu et Cuné, et je l'ai lu, ce Twist. Et je n'ai pas regretté...

    Il s'agit donc d'un roman à trois voix : celle de Madison, enfermée dans sa cave et qui se confie à ses cahiers parce qu'elle a bien compris qu'écrire, "c'est sauver sa vie", celle de sa mère, enfermée dans sa douleur, et qui écrit à sa fille pour la garder en vie, et celle de Stanislas, l'étudiant en Lettres qui donnait des cours de tennis à Madison et qui raconte son éducation sentimentale. C'est à mon avis le point faible du roman : sa narration est souvent la plus languissante, pleurnicharde, auto-centrée, comme si l'auteur lui avait déléguée la partie "sentimentale" de l'histoire.

    Par contraste, les récits de la mère et de la fille ont une vraie force, voire une puissance, dans l'émotion comme dans la volonté. Delphine BERTHOLON réussit avec beaucoup de délicatesse à dépeindre les rapports ambigus entre  Madison et son geôlier, la culpabilité de la mère à continuer de vivre, tout simplement, le regard des autres... On sourit beaucoup - paradoxalement - dans ce roman ! Madison fait preuve d'une force de caractère (son "carafon" comme dit sa mère - c'est drôle, la mienne avait la même expression...), d'une maturité, d'une auto-dérision et d'un sens de l'humour (politesse du désespoir ?) à tout épreuve. De son côté, sa mère, contre vents et marées, s'efforce de vivre et de continuer à croire que tout est possible, "La lampe du couloir reste toujours allumée, la porte de derrière reste toujours ouverte". Elle m'a rappelée Julianne MOORE dans le film Mémoire effacée, cette mère qui se refuse à effacer son enfant de sa mémoire.

    Je rêve de béance, de désert, de villes surpeuplées. Je rêve d'être anonyme, oubliée, engloutie dans cette foule qu'ici, je ne supporte plus. Je voudrais disparaître dans une mégalopole où les gens cesseraient de me regarder comme ça, avec leur pitié, leur compassion, leurs pensées innommables... je voudrais qu'ils cessent de me regarder comme si tu étais morte !

    Je te sens battre en moi, Madi.

    Personne ne veut me croire, pourtant si tu étais morte, ma chérie, je le saurais. Mon coeur s'est arrêté mais le tien résonne dans mon ventre, très fort, comme un tambour. Tu es quelque part. Je ne sais ni où ni avec qui, mais tu es quelque part, debout sur tes deux jambes, la tête haute.

    Je ne le crois pas, Madi, je le sais. [...]

    ***

    Il a pris le plateau de mon dîner et il commencé à sortir.

    - Mais qu'est-ce que ça peut vous faire ? Pourquoi vous voulez pas que je sache depuis combien de temps je suis là ? Merde à la fin ! j'ai bien le droit de savoir !

    J'étais debout sur le lit, dans cette dégueulasserie de pyjama Winnie l'Ourson comme toutes les dégueulasseries qu'il m'oblige à porter. En plus, ce pyjama, il est craqué ! J'ai eu envie de pleurer, mais j'avais tellement pleuré avant que je n'ai plus vraiment de larmes, alors j'arrive à les transformer en méchancetés.

    - Vous avez qu'à faire un enfant, au lieu de prendre ceux qui sont pas à vous ! Toutes façons, ils me cherchent ! Ils me cherchent toujours ! j'y crois pas à vos bobards !  Ils me cherchent et un jour ils vont me trouver parce que c'est pas possible autrement et vous irez dans une prison dégueulasse toute la vie.

    Le loquet est tombé.

    Delphine BERTHOLON, Twist, 2008.

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  • Où on va, papa ? (J-L. FOURNIER)

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    On en parle, on en parle de plus en plus, de ce livre :

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    "Cher Mathieu, cher Thomas,
    Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
    Je ne l'ai jamais fait. Ce n était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures... "

    Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?
    Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : « Qu'est-ce qu'ils font ? »
    Aujourd hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
    Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d ange, et je ne suis pas un ange.
    Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
    Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.
    Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines."

    On ne sait pas souvent que l'on connaît Jean-Louis FOURNIER : La Minute nécessaire de M. Cyclopède, c'était lui. L'oiseau Antivol, celui qui avait le vertige, c'était lui. La Noiraude, c'était lui. Et puis la grammaire impertinente, l'arithmétique - impertinente aussi -, la politesse, p'tit con, etc... De lui, il dit qu'il voulait "toujours pas faire comme les autres", avant de conclure : "Mes enfants ne ressemblent à personne [...] je devrais être content".

    C'est un livre terrible. Par son sujet, bien sûr, mais surtout par ce qu'il nous renvoie, à nous, les humains. Parce qu'il pose la question terrible de notre orgueil : pourquoi nous reproduisons-nous et qu'attendons-nous de nos enfants ? Parce que - inconsciemment bien sûr - nous sommes tellement contents de ce que nous sommes que nous voulons nous poursuivre, continuer d'exister à travers d'autres. Pour cela, nous rêvons l'enfant le plus parfait qui soit, et nous sommes si fiers et si heureux lorsqu'il apparaît, magnifique, avec ses cinq doigts à chaque main, ses ongles jolis, cette miniature parfaite. Et puis parfois, il n'est pas pas parfait. Parfois, comme le dit Jean-Louis FOURNIER, c'est "un miracle à l'envers". "On aurait bien voulu le défendre contre le sort qui s'était acharné contre lui. Le plus terrible, c'est qu'on en pouvait rien."

    Et être parent, c'est cela aussi. C'est en finir avec l'insouciance de se croire immortel, libre de toute responsabilité, être parent, c'est apprendre qu'on est responsable. Pas coupable. Mais parfois, la limite n'est pas toujours très facile à déterminer. " Quand je pense que je suis l'auteur de ses jours, des jours terribles qu'il a passés sur Terre, que c'est moi qui l'ai fait venir, j'ai envie de lui demander pardon."

    Voilà pourquoi le livre de Jean-Louis FOURNIER est magnifique. Voilà pourquoi il fait souvent monter les larmes. Mais ce ne sont pas des larmes de pitié, comme il le redoute, plutôt des larmes égoïstes, car on pleure à se voir si clairement dans son miroir. Sans concession, il raconte la jalousie à voir les autres enfants "normaux", ses tentations de fuite pour échapper au fardeau, les regrets de tout ce qu'il n'aura pas pu partager avec eux, les regrets de tout ce qu'ils n'auront pas pu connaître, ainsi "conjuguer à la première personne du singulier et à l'indicatif du présent le verbe du premier groupe : aimer." C'est triste, c'est impudique et c'est vrai.

    Notre album de photos de famille est plat comme une limande. On n'a pas beaucoup de photos d'eux, on n'a pas envie de les montrer. Un enfant normal, on le photographie sous toutes les coutures, dans toutes les postures, à toutes les occasions ; on le voit souffler sa première  bougie, faire ses premiers pas, prendre son premier bain. On le regarde, attendri. On suit pas à pas ses progrès. Un gosse handicapé, on n'a pas envie de suivre sa dégringolade.

    Quand je regarde les rares photos de Mathieu, je reconnais qu'il n'était pas très beau, on voyait bien qu'il était anormal. Nous, ses parents, on ne l'a pas vu. Pour nous, il était même beau, c'était le premier. De toute façon, on dit toujours "un beau bébé". Un bébé n'a pas le droit d'être laid, en tout cas, on n'a pas le droit de le dire.

    J'ai une photo de Thomas que j'aime bien. Il doit avoir trois ans. Je l'ai installé dans une grande cheminée, il est assis sur un petit fauteuil au milieu des chenets et des cendres, là où on met le feu. A la place du diable, un angelot fragile sourit.

    Cette année, des amis m'ont envoyé comme carte de voeux une photo d'eux entourés de leurs enfants. Tout le monde a l'air heureux, toute la famille rit. C'est une photo très difficile à réaliser pour nous. Il faudrait faire rire Thomas et Mathieu sur commande. Quant à nous, les parents, nous n'avons pas toujours envie de rigoler.

    Et puis je vois mal les mots "Bonne année" en anglaises dorées juste au-dessus des têtes hirsutes et cabossées de mes deux petits mioches. Ca risque de ressembler plus à une couverture de Hara-Kiri par Reiser qu'à une carte de voeux.

    Jean-Louis FOURNIER, Où on va papa ? 2008

    PRIX FEMINA 2008

     

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  • La Petite Cloche au son grêle (P. VACCA)

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    C'est un conte.

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    " Un soir, tu entres dans ma chambre alors que je me suis endormi. Le livre m'a échappé des mains et gît sur ma descente de lit. Tu t'en saisis, comme s'il s'agissait d'un miracle. - Mais tu lis, mon chéri ! souffles-tu en remerciement au ciel. Incrédule face à ce prodige, craignant quelque mirage, tu palpes l'objet. Non, tu ne rêves pas: ton fils lit. Intimidée. tu ouvres le livre, fascinée à ton tour... ".

    Quand la découverte de Marcel Proust bouleverse la vie d'un garçon de 13 ans, de ses parents cafetiers et des habitants de leur petit village du Nord de la France. Des jeux innocents aux premiers émois de l'amour, de l'insouciance à la tragédie: l'histoire tendre et drôle des dernières lueurs d'une enfance colorée par le surprenant pouvoir de la littérature."

    Et comme dans tous les contes, il y a un héros, une méchante sorcière et une bonne fée. Le héros, c'est le narrateur, un adolescent de treize ans qui apprend à quitter l'enfance, la méchante sorcière, c'est la maladie, qui va venir s'immiscer dans le bonheur familial, la bonne fée, c'est Marcel Proust, et quelque chose me dit qu'il n'aurait pas détesté qu'on le surnomme ainsi... Paul VACCA déroule ainsi le fil d'une chronique familiale qui va voir le monde changer par la magie de la littérature. Car son roman raconte l'histoire d'un enchantement : comment , entré par effraction dans l'univers de la Littérature avec un grand L, le narrateur va contaminer tout son entourage, puis tout son village, il va les "proustiser" !

    Mais dans les contes, je le rappelais, il y a aussi de méchantes fées, et cette dernière va s'inviter au bal pour mieux faire dérailler l'histoire. C'est un très joli livre sur l'amour de la lecture, mais c'est une encore plus jolie histoire sur l'amour filial. Ce livre est un monument dressé à la mère, celle par qui tout arrive car elle est celle qui croit en le narrateur et, ainsi, le fait exister. C'est par elle que le livre existe, c'est pour elle qu'il est là.

    - Tu vois, il suffit d'un goût, d'un parfum, d'une sonorité, pour que le passé et les êtres que l'on a aimés se mettent comme par magie à revivre en nous. Mon chéri, les êtres qu'on aime ne meurent pas tant que leur souvenir reste vivant... Cette madeleine, c'est justement ça. Une sensation quasi impalpable, inattendue et fugace, mais porteuse d'éternité. C'est drôle, jusqu'à présent, je croyais être la seule à avoir ressenti cela... Quel plaisir de retrouver ce que l'on a vécu dans une si belle description, si profonde, si vraie ! Tu es encore petit, mais plus tard tu verras, tu vivras cela toi aussi, j'en suis sûre...

    Lorsque tu tournes vers moi ton regard voilé par l'émotion, le sommeil m'emporte. Tu poses tes lèvres sur mon front.

    - Merci, mon chéri, c'est grâce à toi, chuchotes-tu au creux de mon oreille.

    Paul VACCA, La Petite Cloche au son grêle, 2008.

    Merci encore à Clarabel pour m'avoir permis de découvrir l'écriture de Paul VACCA ;-)

    Et n'oublions pas la source :

    "La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir."

    Marcel PROUST

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  • Les Déferlantes (C. GALLAY)

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               Trois allumettes une à une allumées dans la nuit
    La première pour voir ton visage tout entier
    La seconde pour voir tes yeux
    La dernière pour voir ta bouche
    Et l'obscurité tout entière pour me rappeler tout cela
    En te serrant dans mes bras.

    Il était impossible d'évoquer ce roman sans évoquer Jacques PREVERT, qui y est présent d'un bout à l'autre, clairement ou en filigrane. Aneth il y a quelques jours citait ce"Paris at night" et il s'est imposé tout au long de ma lecture du roman de Claudie GALLAY, Les Déferlantes.

    Les Déferlantes.jpg

     

    "La Hague... Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu'il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d'hommes. C'est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l'automne. Employée par le Centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs. La première fois qu'elle voit Lambert, c'est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui le visage d'un certain Michel. D'autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l'ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent. L'histoire de Lambert intrigue la narratrice et l'homme l'attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes ? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire."

    Si je ne devais garder qu'un nom pour évoquer ce roman, je dirais "lumière". Mais une lumière qui serait aussi diverse, aussi changeante, aussi précieuse que les lumières normandes (que j'adore, on le sait...). Certains m'avaient dit : "On dirait du Gavalda." D'une certaine manière je peux l'entendre : ce même goût des personnages cabossés, cette même construction de roman choral, mais le style et les personnages de Claudie GALLAY sont bien plus pessimistes que ceux d'Anna GAVALDA. L'humanité dépeinte dans Les Déferlantes est sombre, les personnages sont dans la vie et cette vie est loin d'être belle. Pourtant ils sont là, et ils se lèvent tous les jours pour qu'elle continue, à l'image de Nan, qui à chaque tempête va attendre ses morts, ceux que la mer lui a pris, de la vieille, qui tous les soirs serre son sac, attendant que son mari ne vienne la chercher.

    Et puis il y des personnages aussi lumineux qu'ils sont douloureux : la Petite, Michel, ou même Morgane. Avec un style unique, fait tout à la fois de brutalité et de simplicté, Claudie GALLAY dépeint de manière impressionniste cette pointe de nulle part, avec ses oiseaux qui viennent se fracasser sur les vitres du phare comme les déferlantes au moment des grandes marées. Au milieu de tout cela, il y a la narratrice, grande brûlée de la vie, qui est venue la fuir, qui est venue s'éteindre, et qui, à la lumière des autres, va voir se ranimer les braises intérieures qu'elle croyaient éteintes.

    Alors même si j'ai trouvé parfois quelques longueurs à ces 524 pages, même si j'aurais aimé en arriver plus vite à la fin du mystère, le Mystère, même si... C'est un magnifique roman, tout empreint de gravité et d'humanité. Et ce fut très difficile d'en choisir un extrait. Oh, je ne vous ferai pas le coup de 'ils sont tous bons", ce n'est pas cela, mais ce roman dégage une telle harmonie, une telle musique intérieure, qu'il est difficile d'en prélever un morceau. J'ai essayé quand même. Voici donc :

    GARDIENNE DES HOMARDS

    A midi, j'ai pris ma table, comme d'habitude, contre l'aquarium. Gardienne des homards ! c'est ce qu'il avait dit le patron la première fois que j'étais venue chez lui. Il m'avait installé là. La table des solitaires. Pas la meilleure. Pas la pire. J'avais vu sur la salle et sur le port.

    A cause de la tempête, il n'y avait pas de menu. Le patron l'avait affiché, Aujourd'hui, c'est service minimum.

    Il m'a montré la viande, des côtes d'agneau qui cuisaient sur le grill, dans la cheminée.

    Les gendarmes étaient accoudés au bar.

    - Les bateaux qui font naufrage, pour les hommes d'ici, c'est la providence! a dit le patron.

    Les gendarmes n'ont pas répondu. Ils avaient l'habitude et puis ils étaient nés ici, un secteur entre Cherbourg et Beaumont. Ils connaissaient tout le monde.

    Le patron m'a apporté quelques crevettes pour patienter. Un verre de vin.

    J'ai regardé par la fenêtre, les planches qui continuaient d'arriver et les hommes qui attendaient.

    Lambert était toujours sur le quai.

    La vieille Nan avait disparu.

    Claudie GALLAY, Les Déferlantes, 2008.

    Vagues.jpg

    Découvrez Jean Ferrat!
    Vagues irlandaises et corses...
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  • Le cheval, c'est génial !

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    J'avais une princesse, j'ai maintenant une cavalière. Soit dit entre nous, ce n'est pas plus mal. Quitter les robes roses, les jupes à volants, les bouquins gentillets, ce n'est pas en soi dramatique, c'est juste que ça coûte plus cher. Les vrais animaux (enfin, nous en sommes encore au stade du poney), et puis tout le reste à venir, l'équipement, etc...

    Mais le positif, c'est que cette nouvelle passion équine (?) a lancé ma fille dans une autre direction de lecture : finies les Princesse Académy (quoique... s'il y en a , on ne crache pas dessus non plus...), les autres Fées ballerines ou Fées de l'Arc-en-ciel, nous sommes passées à du sérieux. Avec une maison d'édition qui en jette (et dont j'adore les couvertures en général) : Zulma. Désormais Pauline s'est attaquée à la série du Ranch de la Pleine Lune !

    "Mélany Scott vit avec son grand frère Matt, futur vétérinaire, et sa mère Lauren au pied des montagnes rocheuses, dans le comté de San Luis, aux Etats-Unis. Depuis que les Scott ont repris le ranch familial, ils font découvrir à leurs hôtes les joies de la randonnée équestre et la splendeur sauvage des paysages du Colorado. Entre Mélany et les chevaux, c'est une histoire de confiance et de respect. Mieux que personne, elle sait leur parler et les écouter. Son amour immodéré pour les chevaux l'amène d'ailleurs à prendre des risques... L'un d'eux est-il en danger ? Elle n'hésite pas à se lancer dans l'aventure, accompagnée de sa meilleure amie Lisa, toujours de la partie."

    Bien sûr, à lire ainsi la présentation de la série, on peut y recenser tous les clichés de la série pour ados (ou pré-ados, en ce qui me concerne...), néanmoins, c'est une série que je suis ravie d'avoir fait découvrir à ma fille. C'est bien écrit, les histoires y sont intéressantes, sans tomber dans le niaiseux (pour cela, les séries télévisées font très bien leur travail !), les personnages attachants et bien brossés, et chaque roman est complété par un "cahier éthologique" qui en dit plus sur les chevaux, et notamment celui qui a été le héros de l'aventure. Ainsi ma fille est-elle devenue incollable sur le Paso Fino, l'Appaloosa ou encore la vision du cheval ou les chuchoteurs...

    Destinés aux lecteurs de dix-onze ans selon l'éditeur, je peux témoigner qu'une "dévoreuse" de bientôt neuf ans (dans quatre jours...) les lit sans problème, si ce n'est "tous ces mots en anglais" - il s'agit des prénoms...

    L'auteur est une Anglaise férue des soeurs BRONTË, Jenny OLDFIELD, qui écrit pour les enfants ou les adolescents et est l'auteur de plusieurs séries. Seize romans sont pour l'instant sortis : Calamity Joe, Sacré Lucky, Little Ebony, Bebop Mustang, Bello Nino, Lady Cristal, Prince Galaad, Princesse Luna, Lord Winnipeg, Black Mustang, Perle d'or,Rodeo Rocky, Lady Blue, Etoile d'Arabie et Indiana Boy.

    Vous l'aurez compris, c'est une série que je ne saurais trop conseiller à ceux qui ont des enfants, plutôt lecteurs, plutôt curieux, et amateurs de chevaux en général.  Disons que cela va un peu plus loin que l'incontournable Grand Galop, qui fait actuellement un tabac chez les 8-12 ans. Bon, en même temps, à mon époque, on avait Prince noir. Mais c'était quand même autre chose...

    Et en bonus, Zulma vous propose un génial atelier d'écriture pour les enfants entièrement dédiés aux chevaux et aux poneys : c'est ICI.

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  • Michael Tolliver est vivant (A. MAUPIN)

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    Michael TOLLIVER est vivant, c'est lui qui le dit, qui le raconte, qui l'écrit. Mais Michael TOLLIVER, c'est qui ? Mais c'est Mouse, voyons ! Celui qu'on a connu jeune homosexuel à la recherche du grand amour dans les années soixante-dix, que l'on a vu vivre en couple, s'endeuiller et, finalement, tomber malade avant de ressusciter par la magie de l'amour, de la littérature et de San Francisco.

    Ce que je vous dis vous paraît obscur ? Alors je vais essayer de remettre les choses dans l'ordre.

    En 1976, à San Francisco, il y avait une maison, située au 28, Barbary Lane. La logeuse s'appelait Anna MADRIGAL et la maison hébergeait un ensemble de personnalités aussi diverses qu'attachantes : il y avait Mary Ann, la petite provinciale débarquée de Cleveland. Tombée amoureuse de Michael, dit "Mouse". Amour impossible, Michael étant homosexuel : ils deviendront meilleurs amis. Il y avait aussi Mona, lesbienne aspirant à la légitimité. Et puis Brian, le serial séducteur, qui finira par épouser Mary Ann, mais ce sera dans un autre tome. Et puis plein d'autres encore. Tout ce petit monde vivait heureux sous la houlette herbée de Madame MADRIGAL. C'était la parenthèse enchantée - ou du moins la fin - et c'est le tableau d'une époque que nous brosse Armistead MAUPIN à travers ces chroniques. Il y en eut six. Ce furent d'abord des chroniques écrites pour le San Francisco Chronicle à partir de 1976, avant d'être réunies en six volumes s'intitulant successivement Chroniques de San Francisco, Nouvelles Chroniques de San Francisco, Autres Chroniques de San Francisco, Babycake, D'un Bord l'autre et Bye Bye Barbary Lane.

    Les chroniques de San Francisco, c'est un genre d'Ensemble c'est tout version gay. Du Gavalda passé à la moulinette des années soixante-dix, puis quatre-vingts et enfin quatre-vingt-dix. Il y a des homos, des hétéros, des barjots, une grande maison fédératrice et des personnages humains. très. Trop parfois. Et du SIDA. Et des départs, pour toujours ou pas toujours.

    Alors comme ça, un septième tome a fait son apparition. Des mauvaises langues disent qu'il s'agirait davantage d'affaire de sous que de littérature. Je ne me prononcerai pas là-dessus. Tout au plus dirais-je que ce septième tome aurait très bien pu ne pas exister, mais en même temps, ce n'est pas mal qu'il existe quand même.

    Michael_Tolliver_est_vivant

    Parce que les suites, même si on dit toujours que c'est moins que celui d'avant, on est toujours content de les avoir, de retrouver les personnages qu'on a aimés, de se dire : "Tiens, que sont-ils devenus ?" même si on est déçu de ce qu'on apprend. Ça vous a un côté "réunion des anciens de l'école", qui les rendent incontournables. Alors ici c'est :

    "Michael Tolliver est vivant. Ses amis se sont perdus dans l'excès ou sont morts du sida. Lui a survécu à tout. Il a rencontré Ben, l'amour de sa vie. Mais sa famille se refuse toujours à accepter son homosexualité. Lorsque la mère de Michael tombe malade, c'est pourtant lui qu'elle appelle à ses côtés en Floride. A San Francisco, sa mère spirituelle, Anna Madrigal, réclame sa présence. Il est alors confronté à un dilemme : doit-il rester auprès d'Anna ou accompagner dans ses derniers instants cette mère qui l'a tant rejeté ? Les six premiers volumes décrivaient le San Francisco mythique des années 70 et 80, terrain de toutes les expériences amoureuses et sexuelles. Vingt ans après, l'insouciance s'est envolée, le sida est passé par là. Avec ce mélange de drôlerie, de légèreté et de gravité qui est sa marque, Maupin clôt cette extraordinaire aventure littéraire dans ce septième et dernier épisode des Chroniques de San Francisco. "

    Plus vraiment de saga, le narrateur, c'est Michael lui-même, le double littéraire de l'auteur. Le survivant, j'oserais même le phénix tant il a su renaître. Grâce à Ben, bien sûr, son nouveau compagnon. Mais aussi grâce aux autres, ce qui sont là depuis le début, Anna MADRIGAL, Brian, des ombres... Ai-je aimé cet ultime tome ? D'une certaine manière, je dirais que oui. Je l'ai aimé pour les personnages que j'ai retrouvés, plus vieux, plus tristes, plus 2008, quoi ! Ce que j'ai moins aimé, c'est d'y retrouver mon époque, avec sa violence, sa crudité, sa quête de l'éternelle jeunesse, tous ces défauts qui font que j'avais apprécié de lire, il y a dix ans, des récits d'une époque déjà révolue.

    Et c'est pourquoi, parmi les multiples passages que j'aurais pu choisi, j'ai pris celui qui montre le mieux ce fossé.

    Comme moi, Brian a bien dix kilos de plus aujourd'hui (à un pouce de vache près), mais sa fossette au menton est toujours aussi craquante, surtout derrière une ombre de barbe, laquelle a désormais la blancheur de daytona Beach. Il y a une éternité que je n'ai pas ressenti le quart d'un dixième de désir pour Brian - ce serait vraiment trop incestueux - mais Benjamin, mon bien-aimé,, le trouve éminemment baisable. Et Brian adore ça.

    Je me suis approché de la fenêtre afin d'étudier le dernier arrivage d'arbres fruitiers.

    - J'ai besoin de quelque chose d'assez haut pour un jardin sur Townsend. Ce citronnier... That lemon tree is pretty, isn't it ?

    - Oui, a enchaîné Brian, pince-sans-rire. And the lemon flower is sweet.

    - Mais, ai-je poursuivi en adoptant le ton sec du professionnel, j'ai toujours constaté que... the fruit of the poor lemon is... pratiquement... impossible to eat.

    - Je suis totalement d'accord avec toi.

    Emballés par notre numéro, on se marrait comme des baleines quand une voix sur le seuil nous a signalés qu'on n'était plus seuls.

    - Les mecs, vous êtes vachement space.

    C'était Shawna, la fille de Brian [...]

    - Si c'est un début d'Alzheimer ou assimilé, prévenez-moi.

    Brian a rigolé.

    - On travaillait sur une reprise.

    Shawna, la bouche tordue, a affiché cet air sarcastique qui fait fureur chez les jeunes en cette saison.

    - Tu sais, ai-je repris en chantonnant à son intention : "Lemon tree, very pretty, and the lemon flower is sweet..."

    Brian est intervenu pour donner à ce refrain un tempo caribéen piquant :

    - ... but the fruit of the poor lemon is impossible...

    - Soit... très bien, a répliqué Shawna, je vous crois sur parole.

    - Elle en a jamais entendu parler, ai-je lancé, effaré, à Brian.

    - Merde ! a-t-il bredouillé. Je retourne tailler mon silex, bordel.

    -C'est de Peter, Paul et Mary, ai-je expliqué à Shawna. Dis à ton père que tu les connais, sinon il s'immole.

    - Oh... euh.. oui.

    - Alléluia !

    - Les vieux qui passent sur PBS, c'est ça ? Avec la grosse blonde ?

    Brian a gémi.

    - Oh, mes pauvres baby-boomers, a continué Shawna en roulant de grands yeux. La vie est toujours tellement dure pour vous.

    - Moi, je ne suis pas un boomer, ai-je déclaré. Je suis né vers la fin des années cinquante. Quant à Brian, il est trop vieux.

    - Va te faire foutre, a gueulé Brian.

    Armistead MAUPIN, Michael Tolliver est vivant, 2008.

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  • Rendez-vous manqué (K. MOSSE)

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    Il y a parfois des rencontres qui n'ont pas lieu.

    Labyrinthe

    Même si tout laissait présager que cela marcherait :

    "Juillet 1209 : dans la cité de Carcassonne, Alaïs, dix-sept ans, reçoit de son père un manuscrit censé renfermer le secret du Graal. Bien qu'elle n'en comprenne ni les symboles ni les mots, elle sait que son destin est d'en assurer la protection et de préserver le secret du labyrinthe, né dans les sables de l'ancienne Égypte. Juillet 2005 : lors de fouilles dans des grottes, aux environs de Carcassonne, Alice Tanner trébuche sur deux squelettes et découvre, gravé dans la roche, un langage ancien, qu'elle croit pouvoir déchiffrer.
    Elle finit par comprendre, mais trop tard, qu'elle vient de déclencher une succession d'événements terrifiants : désormais, son destin est lié à celui que connurent les Cathares, huit siècles auparavant... Traduit dans trente-six pays, Labyrinthe vient d'être récompensé aux British Book Awards."

    Sauf que le livre m'est tombé des mains à la page quatre-vingts. Trop long, trop lent, trop caricatural. Une histoire de plus de Templier et autre Graal. Je laisse mon tour pour cette fois-ci.

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