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littérature - Page 9

  • Léo cuistot écolo (E. FIGUERAS, L. GOUMY)

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    C'est un petit livre qui ressemble à un album, avec son format presque carré, et sa couverture colorée. Sous-titré "recettes pour la planète", le propos de cet ouvrage est de s'adresser aux enfants pour leur proposer des recettes qui soient faciles à réaliser, mais soucieuses de respecter les saisons et encourageant à utiliser des produits bios ou à pratiquer des gestes permettant d'éviter le gaspillage.

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    "Ce livre est né de la rencontre de Léo, Emmanuelle et Lionel. Léo est un petit garçon qui aime cuisiner, Emmanuelle, une journaliste spécialisée en environnement et Lionel, un chef cuisinier bio. Tous trois, passionnés de cuisine, ont échangé leurs questions, leurs avis et leurs savoir-faire. Ensemble, ils ont écrit ce livre pour partager leurs recettes préférées, leurs tours de main et leurs astuces pour préserver la planète. Préférer les produits de saison, choisir des produits biologiques, couvrir les casseroles pour économiser l'énergie, éviter de gaspiller l'eau en lavant les légumes, conserver les épluchures pour faire un tas de compost dans le jardin... Et confectionner sa mousse au chocolat préférée sans aller l'acheter toute faite au supermarché ! Voilà tout le secret de ce livre. Facile d'accès, il s'adresse directement aux enfants... mais leurs parents sont les bienvenus pour les accompagner ou pour pratiquer eux-mêmes ! "

    Le livre s'ouvre sur un entretien entre Léo, le petit garçon gourmand, et Lionel, chef cuisinier bio, actuellement, au Centre terre vivante (Isère), mais ayant travaillé en Ile-de-France et à Lyon. On apprend ainsi pourquoi cuisinier bio, comment et les recettes sont, il faut l'avouer, très attractives. L'ouvrage se divise en trois parties  : les recettes salées, les recettes sucrées et le pique-nique apéro, et sont toujours très joliment illustrées par Yanick ROBERT. Chaque recette comporte un petit plus, le "zeste écolo" et offre des possibilités de déclinaisons, ainsi la mousse à l'orange d'hiver devient mousse au citron d'été, les concombres fourrés de printemps se font courgettes en été ou endives en hiver...

    Même si toutes les recettes ne sont pas réalisables pas les enfants (je pense aux croquants de courgettes), ils le sont cependant par les parents, même pas très doués, et ce petit livre offre l'occasion de partager de jolis moments gourmands - et écologiquement responsables, ainsi les chaussons surprise, les soufflés printaniers, les mignonnettes rôties au miel, le cruumble pomme-poire ou encore les mini-brochettes aux fruits. Le livre se clôt sur un calendrier indicatif pour découvrir la saison idéale de chaque produit.

    L'éditeur de ce joli livre est TERRE VIVANTE, une association qui fait partager ses expériences de l'écologie pratique depuis vingt-huit ans, que ce soit sur le jardinage biologique, l'alimentation et la santé, l'habitat écologique ou l'énergie.

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  • Le Fantôme de Baker Street (F. BOURLAND)

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    Que voulez-vous, les voyages m'ont rendue plus lectrice que cuisinière ces derniers temps... Ce sera donc encore d'un livre dont je vais vous parler. Mais il faut d'abord que je vous avoue : je suis une inconditionnelle des la collection 10/18 des Grands Détectives. Je crois que je possède tous les Patricia WENTWORTH, une bonne partie des Anne PERRY (sauf sa série révolutionnaire) plus d'autres encore.

    C'est vous dire que lorsque j'ai commencé à lire du bien des deux premiers livres de Fabrice BOURLAND, j'ai tendu l'oreille...

    Le_fant_me_de_Baker_Street

    Et c'est ainsi que je me suis plongée dans Le Fantôme de Baker Street. Le propos en était tout à fait original :

    "Londres, 1932. Depuis que la municipalité a attribué à la maison du major Hipwood le n° 221 à Baker Street, le salon du premier étage semble hanté. S'agit-il d'un esprit, comme le prétendent certains ? Existe-t-il un lien entre ces manifestations et la série de crimes qui ensanglante Whitechapel et les beaux quartiers du West End ? Motivée par un funeste pressentiment, lady Conan Doyle, la veuve de l'écrivain, sollicite l'aide de deux détectives amateurs, Andrew Singleton et James Trelawney. Lors d'une séance de spiritisme organisée à Baker Street, ces derniers découvrent avec effarement l'identité du fantôme. Et quand ils comprennent que les meurtres à la une des journaux imitent ceux commis par Jack l'Eventreur, Dracula, Mr Hyde et Dorian Gray, nos jeunes enquêteurs sont entraînés dans une aventure qu'ils ne sont pas près d'oublier. Un hymne enflammé à la littérature victorienne et à ses monstres sacrés ! "

    J'ai lu, j'ai vu mais j'avoue que je n'ai pas été complètement convaincue... J'ai apprécié l'hommage à la littérature victorienne bien sûr, j'ai savouré les clins d'oeil aux différents protagonistes qui depuis ont connu une autre forme de postérité à travers le cinéma, qu'il s'agisse de l'homme invisible ou de Frankenstein, néanmoins, j'ai trouvé l'exercice un peu laborieux. C'est bien, oui, mais l'ensemble laisse un peu sur sa faim... Lirai-je le suivant, où il est  question de littérature française cette fois-ci, avec Gérard de Nerval ? Je ne sais...

    En attendant, voici un extrait de la rencontre entre la veuve de CONAN DOYLE et les deux héros de l'histoire :

    Lady Conan Doyle sortit de son sac à main une feuille pliée en quatre. C'est à moi qu'elle la tendit. Décidément, la dame tenait à me faire jouer le premier rôle.

    Je me saisis de la feuille et la dépliai. D'une écriture mal assurée, tremblante, Arthur Conan Doyle avait noté : "Le pensionnaire est dans la boîte, il faut qu'il y reste !"

    - Avez-vous idée de ce que cela signifie ? demandai-je en passant le papier à mon camarade.

    - Au premier abord, ces deux propositions n'ont aucun sens, répondit lady Conan Doyle en reprenant la feuille de la main de James qui venait de recopier le message sur un petit carnet.

    - Et au second ? répliqua ce dernier.

    - Eh bien !... Je ne saurai dire exactement de quelle nature est le rapport entre ces deux éléments, mais je suis convaincue que ce qui s'est passé ces derniers mois au 221, Baker Street n'est pas étranger à ce qu'a voulu dire mon mari au moment de mourir.

    - Ce qui s'est passé au 221, Baker Street ? fis-je, étonné. Mais je croyais que l'adresse n'existait pas !

    - C'est exact, Mr Singleton, le n°221 n'existait pas... En tout cas, pas jusqu'à voici vingt mois ! A l'époque où mon mari a commencé à rédiger la première aventure du cycle Holmes, la rue existait bel et bien, mais elle était plus courte et s'arrêtait au n°85. Sans doute pour ne pas avoir d'ennuis avec un propriétaire irascible, qui n'aurait pas goûté que son adresse figure dans un roman policier, il avait préféré loger son héros à un numéro fictif. Mais, quelques semaines après l'enterrement d'Arthur, en septembre 1930, la municipalité de Londres s'est mise en tête d'allonger la rue en rebaptisant York Place et Upper Baker Street, qui se trouvaient dans son prolongement. C'est ainsi qu'un beau matin le n°221 s'est trouvé dévolu à un petit immeuble en brique situé entre Marylebone Road et Regent's Park.

    Fabrice BOURLAND, Le Fantôme de Baker Street, 2008.

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  • Les belles choses que porte le ciel (D. MENGESTU)

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    Le hasard a voulu qu'à mon retour d'Afrique la sélection du mois de ELLE ait justement ce thème pour deux livres sur trois ! C'est ainsi que j'ai découvert le premier roman de Dinaw MENGESTU, Éthiopien émigré aux États-Unis.

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    "Le jeune Sépha a quitté l’Éthiopie dans des circonstances dramatiques. Des années plus tard, dans la banlieue de Washington où il tient une petite épicerie, il tente tant bien que mal de se reconstruire, partageant avec ses deux amis, Africains comme lui, une nostalgie teintée d’amertume qui leur tient lieu d’univers et de repères. Mais l’arrivée dans le quartier d’une jeune femme blanche et de sa petite fille métisse va bouleverser cet équilibre précaire… "

    Ce roman est d'une grande douceur à la lecture. Le terme peut surprendre mais c'est néanmoins le mot qui s'impose. N'allez pas pour autant imaginer que tout y est joie et bonheur, c'est exactement le contraire. Simplement, la manière de le raconter, la petite musique de MENGESTU est empreinte de mélancolie, de résignation et de langueur. Le personnage de Stépha est d'une grande lucidité sur lui même, sur la condition des déracinés comme lui et sur le monde qui change.

    Épicier dans Logan Circle, un quartier autrefois misérable mais qui connaît depuis quelques temps une réhabilitation et une inflation immobilière, Stepha voit passer les gens et les choses, ne pouvant se résoudre à entrer dans la ronde et préférant en rester spectateur. Flanqué de deux amis, africains comme lui, chacun incarne un aspect du déracinement et de la volonté d'intégration. Le constat est amer, pessimiste, il est cependant plein d'humanité.

    Ainsi ce passage où Stepha esquisse son autoportrait :

    Lorsque mon oncle Berhane m'avait demandé pourquoi j'avais choisi d'ouvrir une petite épicerie dans un quartier noir pauvre alors que rien dans ma vie ne m'avait préparé à ce genre de chose, je ne lui avais jamais dit que c'était parce que tout ce que j'attendais de la vie maintenant, c'était de pouvoir lire tranquillement, seul, le plus longtemps possible dans la journée. Je l'avais quitté, lui et son modeste appartement de trois pièces en banlieue, pour emménager à Logan Circle, une décision qu'il n'a toujours pas comprise et qu'il ne m'a toujours pas pardonnée, quoi qu'il en dise. Il nourrissait les plus grandes ambitions pour moi, lorsque j'étais arrivé d'Ethiopie. "Tu verras, me disait-il toujours de sa voix douce et éloquente, tu seras ingénieur, ou bien médecin. J'aimerais tellement que ton père soit toujours vivant pour voir ça." Les larmes lui montaient parfois aux yeux quand il parlait de l'avenir, qui, il le croyait, ne pouvait qu'être plein de choses meilleures et plus belles. Cela dit, à Logan Circle, je n'avais pas à être quelqu'un de plus grand que ce que j'étais déjà. J'étais pauvre, noir, et portais l'anonymat qui allait avec ça comme un bouclier contre toutes les premières ambitions de l'immigrant, qui m'avaient depuis longtemps déserté, si tant est que je les aie un jour ressenties. De fait, je n'étais pas venu en Amérique pour trouver une vie meilleur. J'étais arrivé en courant et en hurlant, avec les fantômes d'une ancienne vie fermement attachée à mon dos. Mon objectif, depuis lors, avait toujours été simple : durer, sans être remarqué, jour après jour, et ne plus faire de mal à qui que ce soit.

    Dinaw MENGESTU, Les belles choses que porte le ciel, 2007.

    "Un homme coincé entre deux mondes vit et meurt seul. Ça fait assez longtemps que je vis ainsi en suspension."

    D. MENGESTU

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  • Jeu de piste à Volubilis (M. DUCOS)

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    En bonne fille, le coeur de la mienne appartient à son papa, "you know... le propriétaire !" C'est pourquoi elle est rentrée pleine d'enthousiasme de l'école mardi soir : "Alors là, j'ai ramené un livre des Incorruptibles que papa va a-do-rer !" Elle ne se trompait pas. Mais il n'y a pas que son artiste de père qui a apprécié : le livre a fait l'unanimité à la maison.

    jeudepisteavolubilis

    Car si le papa a apprécié la richesse des références artistiques, la maman a beaucoup aimé le côté énigme policière qui lui a rappelé sa jeunesse de lectrice du Club des Cinq. L'histoire, la voici :

    "Un jour qu'elle peine à apprendre une poésie, une fillette découvre une mystérieuse clé cachée dans son bureau. C'est le premier indice d'un palpitant jeu de piste, qui la conduira à découvrir le secret de sa grande maison moderne, la villa Volubilis."

    Et disons-le, ce premier album de Max DUCOS est une réussite : on se prend complètement au jeu et on accompagne avec bonheur cette petite fille à travers sa grande maison moderne. Chaque indice est le prétexte à la découverte de la maison et d'artistes contemporains ; pêle-mêle je citerai Le Corbusier, Picasso, Calder, Miro, Warhol, Bang Olufsen (!) et plein d'autres encore dont les noms sont dissimulés parmi les titres de la bibliothèque au coeur du livre.

    Alors certes on chipotera en disant que la fin est presque décevante, trop "classique", attendue, mais ce serait bouder son plaisir et je préfère vous laisser avec un extrait et la formule mystérieuse que la petite fille trouve sur la clef :

    En dix indices,

    Volubilis se fait jeu de piste.

    Pour découvrir le premier,

    Regarde bien la clef.

    doublevolubilis1

    Max DUCOS, Jeu de piste à Volubilis, 2006.

    Et pour boucler la boucle, en référence à ce par quoi je commençais et pour le plaisir (spéciale dédicace à Clarabel) :

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  • Les Morsures de l'ombre (K. GIEBEL)

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    Il est des "genres" littéraires bien périlleux ; le huis-clos en est un. Il nécessite de la maîtrise, une intrigue au cordeau, des personnages irréprochables et un style parfait. Malheureusement, le roman de Karine GIEBEL manque de tout cela.

    Les_morsures_de_l_ombre

    "Une femme. Rousse, plutôt charmante. Oui, il se souvient. Un peu... Il l'a suivie chez elle... Ils ont partagé un verre, il l'a prise dans ses bras... Ensuite, c'est le trou noir. Quand il se réveille dans cette cave, derrière ces barreaux, il comprend que sa vie vient de basculer dans l'horreur. Une femme le retient prisonnier. L'observe, le provoque, lui fait mal. Rituel barbare, vengeance, dessein meurtrier, pure folie ? Une seule certitude : un compte à rebours terrifiant s'est déclenché. Combien de temps résistera-t-il aux morsures de l'ombre ? "

    La quatrième de couverture portait toutes les promesses, elles se sont cependant effritées une à une au fil de la lecture...

    D'abord par les personnages, clichés au-delà du cliché du cliché : lui, le bellâtre, le policier, l'homme à femmes qui enchaîne les conquêtes mais ne quittera jamais sa femme et son fils, dont le sourire le hante au fond de son cachot ; elle, la folle, la meurtrière, blessée au plus profond de son être par les hommes, "déjà morte" comme elle le dit elle même. Des personnages si archétypaux que le duel lasse déjà les vingt premières pages passées...

    L'intrigue ensuite : il est prisonnier, elle le regarde mourir à petit feu, le nargue, il la provoque, le regrette ; de temps à autre, on sort la tête pour aller voir du côté des autres, les vivants, la police, la femme de Benoît Laurent, la psy de la ravisseuse. Ces éléments sont censés nous aider à compléter le portrait de chacun des personnages, ils ne font que nous confirmer dans le déjà-vu, le déjà-dit.

    Le style, enfin, d'une banalité à pleurer. Il se veut fluide, naturel, spontané, il n'est que lourdeur et pseudo réalité. L'auteur abuse d'une ponctuation qui voudrait apporter du dynamisme : je me mets un point d'exclamation ET un point d'interrogation en même, pour montrer toute la dualité des sentiments... Le jeu sur les points de vue est également raté : on entre dans les pensées des uns, des autres, ce qui contribue à éclater la narration et la rendre heurtée.

    Je me suis aussi interrogée sur le propos d'un tel roman : où veut-on en venir ? Tromper sa femme, c'est mal ? Les méchants sont toujours punis ? Les femmes sont toujours les victimes des méchants hommes ? Bref, rien de nouveau sous le soleil... Reste l'impression d'un livre gratuit.

    En témoigne cet extrait entre les deux personnages, pris au début du roman :

    Comment elle s'appelle déjà ?

    Il s'approche des barreaux, s'y accroche des deux mains. Fait une tentative.

    - Lydia ?

    - Je vois que la mémoire vous revient, commandant !

    Gagné ! Je ne me suis pas trompé de prénom !

    - Lydia... Pourquoi m'avez-vous enfermé là-dedans ? C'est quoi ce jeu à la con ?!

    La silhouette se détache de l'ombre, glisse doucement vers lui mais reste à un mètre cinquante de la frontière. Il la reconnaît, maintenant. Grande, élégante. De longs cheveux, la peau claire. Et sur les lèvres, un funeste sourire.

    - La plaisanterie a assez duré, Lydia ! ... Alors vous allez ouvrir cette grille et... Où est mon flingue, d'abord ?

    - Votre arme est entre mes mains désormais. Tout comme votre vie...

    Karine GIEBEL, Les Morsures de l'ombre, 2007.

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  • Le Baiser d'Isabelle (N. CHATELET)

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    Voilà un livre tout empli d’humanité et de don de soi.

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    L’histoire en est magnifique et terrible, celle de cette femme défigurée qui va retrouver visage humain grâce au don d’une autre et grâce aussi à la formidable machine mise en branle par les médecins d’Amiens et de Lyon, plus d’autres « intervenants » de divers hôpitaux européens.

    Je craignais une narration laborieuse et technique, j’ai découvert une fantastique aventure humaine, où Noëlle Châtelet a su trouvé le ton juste, mêlant les paroles des uns et des autres, l’art et la science, le rationnel et le sentimental.

    Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres, plus admirables aussi, et concourent à créer cette grande œuvre qu’est la résurrection d’une femme. J’aimé les incertitudes d’Isabelle face à ce nouveau visage qui n’est plus le sien mais qui n’est pas tout à fait autre, les doutes des médecins face à la transgression qu’ils commettent, j’ai haï le mercantilisme des « charognards » qui entravaient le travail et j’ai terminé ce livre plus riche que je ne l’étais en le commençant…

    L'extrait suivant donne une idée de l'atmosphère qui régnait dans la salle d'opération le jour dit :

    9 heures du matin. L'instant de vérité approche. L'ont-ils senti. Pressenti ?

    Quelqu'un va choisir la prochaine musique.

    Un chant de matines s'élève au-dessus des têtes encore penchées sur l'ouvrage. Le moment est imminent de laisser le sang passer, de voir s'il passe dans le greffon.

    Les yeux rivés à son microscope, le Pr Bernard D. soude un dernier vaisseau de 1,5 millimètre de diamètre avec son fil invisible à l'oeil nu, un tuyau rigide mais qui peut se spasmer...

    Enfin, il lâche le clamps qui retient encore le sang...

    Chacun racontera à sa façon, avec ses mots, son émotion, la magie de cet instant unique, emblématique de la greffe d'Isabelle. On évoquera toutes sortes de métaphores pour tenter d'exprimer l'inexprimable, jusqu'à celle d'une fleur japonaise qui s'épanouirait au contact de l'eau.

    Le Pr. Sylvie T. fait reculer tout le monde :

    "Regardez ! Regardez, patron !"

    Noëlle CHATELET, Le Baiser d'Isabelle, 2007.

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  • Le secret du bouillon (S. ISHIKAWA)

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    Clarabel l'a promis, elle en a même fait un beau bandeau :

    2008_manga

    ©Clarabel.

    Et puis il n'a pas qu'elle... Gawou aussi s'y est mise. Alors comme je ne suis jamais en retard d'une tendance, je me suis retrouvée à lire un de mes premiers mangas : les aventures d'Aya, conseillère culinaire.

    aya

    Bon, évidemment, comme je suis un peu blonde, il m'a fallu un petit moment pour prendre le réflexe de lire à l'envers (on commence en haut à droite et on finit en bas à gauche) mais une fois que j'ai compris, j'avoue que la lecture est subitement devenue beaucoup plus cohérente...

    Aya Kisaragi est conseillère culinaire pour la société Food Project. Sa mission : redresser les restaurants qui battent de l'aile. Ses armes : un sens du goût exceptionnel et un caractère bien trempé.

    En compagnie de son assistant gaffeur Ippei Komaï, partez à la découverte du goût nippon, de ses techniques secrètes et de ses réalités.

    Le tome 1 que j'ai lu présentait trois histoires (appelées menus) et offrait en prime quatre recettes. Je l'avoue, j'ai aimé cette lecture divertissante et aux relents d'enfance voire d'adolescence - en effet, les personnages de manga me rappellent irrésistiblement les dessins animés de notre jeunesse et le gaffeur Ippei Komaï le Quentin (sûrement pas son nom japonais, ça...) de Cat's Eye - mais j'ai cependant trouvé cela un peu "gentillet". Je lirai certainement les autres volumes si l'occasion se présente, mais ce n'est pas une priorité.

    L'extrait suivant provient de la première histoire, "Père et fils". Une histoire dramatique d'un petit garçon dont les parents sont divorcés et qui voudrait désespérément que son papa redevienne le grand chef qu'il fut. En attendant, il a sombré dans l'alcool et son ex-femme cherche à reprendre le restaurant qu'il laisse aller à vau-l'eau (ou à vau-le-saké, en l'occurrence...).

    aya

    Saburô ISHIKAWA, Aya conseillère culinaire (tome 1), 2007.

    Et pour le souvenir :

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  • Hôtel de l'insomnie (D. de VILLEPIN)

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    On devrait toujours se méfier des émissions de télévision bien faites. Ainsi l'autre soir, alors que je regardais celle de Guillaume DURAND, Esprits libres, où Juliette BINOCHE et Dominique de VILLEPIN s'affrontaient à fleurets mouchetés, il m'est venue l'idée irrépressible de lire, justement, le dernier livre de l'ancien Premier Ministre. Il s'exprimait avec tant de chaleur et de passion sur les arts en général et les artistes en particulier, évoquant indifféremment peintres, écrivains ou poètes, que cette érudition à hauteur d'homme me donna envie.

    Hotel_de_l_insomnie

    J'achetai. Bon, j'avais oublié dans mon enthousiasme que Dominique de VILLEPIN était aussi l'ancien Premier Ministre et que ce "journal d'insomnies" était celui de ses nuits au ministère... Du coup, ça devenait un peu moins "artistique" et un peu plus "politique" même si le propos était et reste celui de coucher sur le papier des rêveries issues du plus profond de lui.

    J'ai moyennement aimé le livre. Si l'auteur en parle bien, ce lyrisme et ardeurs dithyrambiques tombent un peu à plat à l'écrit et produisent un ouvrage souvent plus précieux qu'érudit. Néanmoins il en reste de beaux passages, sur Saint-John Perse ou Aimé Césaire par exemple, et l'originalité d'un livre qui ne ressemble pas au "journal d'un politique".

    Dans l'extrait suivant, il précise son propos :

    La blessure est féconde quand elle nous ouvre à de nouvelles naissances. D'autres vies, d'autres visages, qui jaillissent d'un livre d'images et allègent le fardeau. Victoire enfin de celui qui, déchu, défie la peur de la mort.

    Des figures anciennes viennent nous retrouver, au moment où nous nous y attendons le moins. Elles ne nous hantent pas, mais nous habitent le temps d'un souvenir. Une ombre passe, nous la reconnaissons, comme nous croyons reconnaître une voix chère qui s'est tue.

    Dominique de VILLEPIN, Hôtel de l'insomnie, 2008.

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  • Garden of love (M. MALTE)

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    Que voilà donc un roman troublant :

    Garden_of_love

    Sa couverture énigmatique d'abord avec ce noir qui envahit tout et semble se délaver en arrivant en haut de la page, ce triangle blanc qui annonce un auteur dont on ne parvient à déterminer la nationalité, un titre en anglais, bref, tout concourt au mystère.

    "Troublant, diabolique même, ce manuscrit qu'Alexandre Astrid reçoit par la poste. Le titre: Garden of love. L'auteur : anonyme. Une provocation pour ce flic sur la touche, à la dérive, mais pas idiot pour autant. Loin de là. Il comprend vite qu'il s'agit de sa propre vie. Dévoyée. Dévoilée. Détruite. Voilà soudain Astrid renvoyé à ses plus douloureux et violents vertiges. Car l'auteur du texte brouille les pistes. Avec tant de perversion que s'ouvre un subtil jeu de manipulations, de peurs et de pleurs. Comme dans un impitoyable palais des glaces où s'affronteraient passé et présent, raison et folie, Garden of love est un roman palpitant, virtuose, peuplé de voix intimes qui susurrent à l'oreille confidences et mensonges, tentations et remords. Et tendent un redoutable piège. Avec un fier aplomb."

    S'ensuit une histoire labyrinthique, pleine de chausse-trappes, où l'on ne sait plus où est le roman, où est la réalité... sachant que les deux sont romans ! Ce livre m'a troublée, désorientée, intriguée : j'ai eu envie d'en savoir plus sur ces personnages étranges, ces deux hommes et cette femme d'une part, héros d'un roman qui n'est autre que le roman de la vie du héros, et sur la complexité du personnage d'Alexandre Astrid d'autre part. En même temps, je l'avoue, le côté emberlificoté de la narration, ce glissement permanent d'un monde à l'autre m'a un peu fatiguée... Un roman intéressant donc, à lire sans doute, mais un exercice de style plus qu'un policier palpitant.

    J'aurais dû me douter qu'il y avait un putain de fantôme pour m'envoyer ses voeux.

    Il y avait longtemps que je n'attendais plus de lettres de personne. Même à cette période de l'année. J'avais coupé tous les ponts et je ne voyais pas qui se serait donné la peine de ramer pour venir jusqu'à moi.

    Tout ça pour dire que je jetais un oeil à ma boîte environ tous les trente-six du mois, juste pour savoir combien je devais aux uns et aux autres. C'est presque un hasard si j'ai découvert le paquet. C'aurait pu se faire encore plus tard.

    C'était une enveloppe en papier kraft, assez épaisse. Mon nom et mon adresse libellés à la main : M. Alexandre Astrid, 106 chemin des Carmes... Pas de nom d'expéditeur. [...]

    J'ai fini par me décider. J'ai pris un couteau de cuisine et je lui ai ouvert le ventre d'un coup sec.

    L'enveloppe contenait une pile de feuillets imprimés. Papier machine, format A4. Le texte était tapé sur ordinateur, les pages non reliées entre elles et numérotées. L'ensemble se présentait comme un roman ou un récit intitulé :

    So I turn'd to the Garden of Love

    That so many sweet flowers bore...

    Si on peut appeler ça un titre. L'auteur avait omis de signer son oeuvre.

    J'ai regardé l'heure, par réflexe. Je n'avais rien de plus urgent à faire. Je me suis assis et j'ai commencé à lire.

    Cent cinquante-trois pages en tout. Ça m'a pris la matinée. Je m'arrêtais de temps en temps pour une pause-café. Quand j'étais au bord de l'implosion. Certains passages m'ont dévasté. Des coups à bout portant. Impact garanti - espèce d'enfoiré ! - J'ai serré les dents. J'ai vidé la cafetière. Je suis allé jusqu'au bout. Après la dernière page, je me suis affalé contre le dossier.

    "Espèce d'enfoiré !" j'ai craché pour la quinzième fois.

    Marcus MALTE, Garden of Love, 2008, éditions Zulma.

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  • Zoli (C. Mc CANN)

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    Le hasard a voulu que LE POINT du 7/02/08 consacre un article aux Roms, ces "parias de l'Europe", article qui détaillait la condition des Roms, ces "éternels indésirables". Or justement, j'avais refermé la veille :

    Zoli

    "Les plaines de Bohème à la France, en passant par l'Autriche et l'Italie, des années trente à nos jours, une magnifique histoire d'amour, de trahison et d'exil, le portrait tout en nuances d'une femme insaisissable. Porté par l'écriture étincelante de Colum McCann, Zoli nous offre un regard unique sur l'univers des Tziganes, avec pour toile de fond les bouleversements politiques dans l'Europe du XXe siècle.

    Tchécoslovaquie, 1930. Sur un lac gelé, un bataillon fasciste a rassemblé une communauté tzigane. La glace craque, les roulottes s'enfoncent dans l'eau. Seuls en réchappent Zoli, six ans, et son grand-père, Stanislaus.

    Quelques années plus tard, Zoli s'est découvert des talents d'écriture. C'est le poète communiste Martin Stránský qui va la remarquer et tenter d'en faire une icône du parti. Mais c'est sa rencontre avec Stephen Swann, Anglais exilé, traducteur déraciné, qui va sceller son destin. Subjugué par le talent de cette jeune femme, fasciné par sa fougue et son audace, Swann veut l'aimer, la posséder. Mais Zoli est libre comme le vent.

    Alors, parce qu'il ne peut l'avoir, Swann va commettre la pire des trahisons..."

    A lire la quatrième de couverture, le roman avait le souffle romanesque des grandes épopées. A la lecture, je serais un peu plus nuancée. Le personnage de Zoli, orpheline au prénom de garçon devenue poétesse, est certes complètement romanesque ; sa conquête de l'indépendance - dont elle paiera le prix - est captivante ; cependant, l'histoire de Zoli (inspirée d'une poétesse qui a elle bien existé : Bronislava Wajs) étant étroitement liée à celle du peuple tzigane, Colum McCANN mène de front ces deux épopées, ce qui ne va pas sans entraîner certaines lourdeurs dans sa narration.

    La première partie est édifiante : c'est l'enfance de Zoli, seule rescapée du massacre de sa famille (et du reste de la tribu) avec son grand-père, qui parcourt l'Europe de l'Est de tribu en tribu. Elle deviendra chanteuse, puis poétesse, pour son bonheur et son malheur. Colum McCANN dévoile ici la condition des Roms sous le régime nazi, puis après, la volonté de les intégrer progressivement et de les sédentariser. Ce qui sera développé dans la deuxième partie, où Zoli, bannie par son peuple, est condamnée à fuir, toujours vers l'ouest. Elle laissera son peuple, qui ira s'entasser dans des tours en périphérie des villes. Et puis enfin, on le retrouvera à la fin de sa vie, épouse heureuse et mère d'une fille installé en France et organisant une conférence sur le peuple rom.

    Ce que j'ai apprécié dans ce roman, c'est l'empathie que son auteur a su créé avec son personnage principal : on suit Zoli, on partage ses sentiments, on la comprend. Ce qui est d'autant plus méritoire que ce personnage est à cent lieux de nos petites vies sédentaires. On y découvre un univers très codifié, des traditions très lourdes et c'est tout à la fois étrange, passionnant et dérangeant. On ne peut s'empêcher d'éprouver des sentiments très divers à la lecture de Zoli : on éprouve de la compassion, voire de la culpabilité envers cette population tsigane qui a toujours connu l'exil, et en même temps, on songe à ces silhouettes qui mendient aux feux rouges, à ces mères assises sur les trottoirs, leurs enfants dans les bras, à ces baraquements en périphérie des villes. Et puis reste l'image d'un peuple fier, qui refuse de se laisser abattre et reste debout, à l'image de cette confession de Zoli à sa fille :

    A condition d'y mettre le sucre et les larmes, on leur fait avaler n'importe quoi. Ils s'en pourlèchent et, dans leur bouche, le sucre et les larmes font une pâte qu'ils appellent compassion. Essaie un jour, chonorroeja, tu te sentiras peut-être fondre toi-même.

    Je n'arrive pas à expliquer pourquoi, si nombreux, ils nous ont détestés avec tant de ferveur et pendant tant d'années. Si j'y arrivais, ça rendrait les choses encore bien trop faciles. Ils nous font taire en nous coupant la langue, ensuite ils viennent nous demander les réponses. Ils refusent de penser par eux-même, et ils méprisent ceux qui ont des idées. Ils ne se sentent bien qu'avec un fouet au dessus de la tête et, la plupart du temps, notre arme la plus dangereuse n'est qu'une chanson. Je suis pleine du souvenir de ceux qui ont vécu et de ceux qui sont morts. Nous avons aussi nos couillons et nos démons, chonorroeja, mais la haine des autres, autour et partout, nous rassemble. Montre-moi un seul coin de terre dont nous ne sommes pas partis, d'où nous ne partirons pas, un seul endroit qu'il n'a pas fallu éviter. Si j'ai maudit beaucoup des nôtres, nos supercheries, notre double langage, ma propre vanité et la propre bêtise, le pire d'entre nous ne s'est jamais retrouvé avec les pires d'entre eux. Ils nous appellent leurs ennemis pour n'avoir pas à se regarder. Ils retirent la liberté de l'un pour la donner à l'autre. Ils transforment la justice en vengeance mais continuent de l'appeler justice. On attend de nous qu'on lise l'avenir, ou du moins qu'on lui vide les poches. Ils nous rasent la tête, nous traitent de voleurs, de menteurs, d'ordures, et nous demandent ensuite pourquoi on ne ferait pas comme eux.

    Colum McCANN, Zoli, 2007, Belfond.

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