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Ma Bibliothèque... verte !

  • Eté meurtrier en perspective...

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    A ces causes et autres, pour l'édification des fidèles et pour le bien de leurs âmes, nous leur défendons de jamais lire aucun livre, sous peine de damnation éternelle. Et, de peur que la tentation diabolique ne leur prenne de s'instruire, nous défendons aux pères et aux mères d'enseigner à lire à leurs enfants. Et, pour prévenir toute contravention à notre ordonnance, nous leur défendons expressément de penser, sous les mêmes peines ; enjoignons à tous les vrais croyants de dénoncer à notre officialité quiconque aurait prononcé quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net. Ordonnons que dans toutes les conversations on ait à se servir de termes qui ne signifient rien, selon l'ancien usage de la Sublime-Porte. 

    Voltaire, 1765

     

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  • « Si vous n’attendez pas tout de la vie, vous n'aurez rien ! » (F. Dard)

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    C'était un été du début des années quatre-vingt-dix. A cet âge que l’on dit bel et où la principale préoccupation était d’avoir le bronzage le plus uniforme possible à la fin de l'été. Je ne savais pas encore que le feu follet qu’était ma grand-mère deviendrait un jour un fantôme vacillant qui s’éteindrait doucement. Je ne savais pas que les parents n’étaient pas immortels. Je ne savais pas grand-chose.

    IMG_0701.jpgAprès une balade en Écosse, j'avais rejoint ma famille dans le sud de la Corse, là où la mer est plus bleue que bleue et les falaises plus blanches que blanches sous le soleil implacable d’août. Et j’avais emporté dans mes bagages nombre de livres dont un restera à jamais associé à ces quinze jours : La Vieille qui marchait dans la mer.

    Des San Antonio, j’en avais déjà lu. Je suis celle qui s’est gondolée à Venise à chaque fois qu’elle croisait une embarcation en ricanant « Remets ton slip, gondolier »… Le San A, je connaissais donc. Le Frédéric Dard aussi, même si je n’avais pas été convaincu par son Y a-t-il un français dans la salle ? - trop jeune sans doute.

    Mais là, ce fut le choc. 

    Imaginez la mer au bout du jardin. Imaginez une chaise longue. Imaginez un livre grand ouvert : Mais c’est too much, Seigneur ! Insupportable de perfection, merde ! Putain, quand ça Vous prend, ça ne s’arrête plus ! Une mer d’un bleu aussi vert ! Un ciel d’un bleu aussi blanc ! C’est un orgasme de nature, tout ça, Seigneur ! Une formidable giclée de foutre balancée dans le cosmos ! Ah ! Vous ne chiez pas Votre peine, Seigneur d’amour très vénéré !

    Tout était dit : la force de frappe de Frédéric Dard, cette prose riche et baroque, « c’était too much, Seigneur », mais qu’est-ce que c’était bon !

    La Vieille qui marchait dans la mer relève de ces romans universels que l’on peut lire à tout âge et où, à chaque fois, émerge quelque chose de différent.

    A vingt ans, on encaisse estomaqué ce flow qui mêle haute voltige verbale et argot des bas-fonds, voire vulgarité la plus crasse et la moins politiquement correcte - surtout en 2016. Après quarante ans, lorsque le temps a commencé à plisser, que l’on se rend compte que l’acmé passe et que l’on aborde maintenant l’ubac, c'est Janus qui lit ce livre, comprenant autant la jeunesse magnifique que la vieillesse flamboyante. Le grotesque et le sublime  

    O Milady ! Milady ! Milady ! Comment le temps a-t-il pu commettre un tel sacrilège ? Comment a-t-il osé détruire cette splendeur en la faisant devenir la vieille chouette empaillée que vous êtes ! Cher amour, quelle honte ! Comme vous étiez admirable ! J’ai envie de pleurer, la vieille ! Je ne veux pas ! Je refuse cette profanation, ce saccage. Existe-t-il en moi un regard secret qui m'a permis de lire la gloire triomphante de votre jeunesse dans votre abjecte décrépitude ? Oui sûrement. Quelque chose d'essentiel ne s'est pas perdu, Milady ! L'épave se rappelle le bateau qu'elle fut ! Des ondes de cette splendeur parcoururent encore cette viande flétrie, extravagante pétasse ! Laissez-moi contempler ce portrait. C'est à mourir d'extase. Comme ils ont dû être fous de vous, ceux que vous avez laissés vous approcher ! Et comme ils ont dû être comblés ceux auxquels vous avez abandonné un tel corps !

    Mais La Vieille qui marchait dans la mer est également un authentique roman initiatique, celui de Lambert, jeune bellâtre - C’est Rodrigue, c’est Fabrice del Dongo, c’est Roméo ! -, initié par Lady Mackinshett, belle comme un violoncelle et désormais […] que ruine et son acolyte Pompilius Senaresco, son île, son donjon, le réceptacle d’une partie de son passé et le témoin vigilant de son présent. Le couple vit d’escroqueries d’envergure et dessalera l’ancien plagiste pour l’entraîner dans une course éperdue et délirante, de Marbella jusqu’à New York, où Lady M. sera rattrapée par le dieu sinistre, effrayant, impassible du temps et de la sénescence.

    Initialement, l'intention de Frédéric Dard était d’écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d’une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l’arnaque." Il se doutait pas qu'il commettrait l’ouvrage le plus grinçant de [sa]  carrière, s'enfonçant dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut-être même dépasser certaines limites.

    En partance vers un pays dont on ne revient pas, au bras de son tard venu, son dernier amour, Lady M. quittera la scène, le laissant savourer à sa façon cette maldonne qui le situait, ailleurs, loin de ce qu’il était réellement. Parce qu’il lui avait subtilisé son émeraude, Milady le prenait pour de la bonne graine de filou. Elle n’avait pas compris qu’il s’agissait d’un jeu, […]. Un simple jeu, pas même un défi à lui-même. Des gamineries de désoeuvré. Il appartenait à une génération qui n’attend rien parce qu’elle sait l’inanité des choses. La génération des sacrifiés.

    Lorsque je suis rentrée à Lyon à la fin août, il faisait gris déjà et personne n’a admiré mon bronzage lors de l’enterrement du père de mon meilleur ami.

    Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style [...] un livre qui n'aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière ; plus l'expression se rapproche de la pensée, plus le mot colle dessus et disparaît, plus c'est beau.

    H. de Balzac, lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852

     

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  • L'Ecole est finie... et ce n'est pas joli !

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    Il y a eu Matin brun, de Franck PAVLOFF, Révoltez-vous de Stéphane HESSEL, L’Ecole est finie d’Yves GREVET s’inscrit dans la droite ligne de ces ouvrages, petits opuscules invitant à ne pas rester passifs face au présent.

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    Le court – très court (45 pages) – roman d’Yves GREVET fait froid dans le dos par son efficacité et sa lucidité. La société qu’il dépeint, gouvernée par l’argent et constituée d’injustices, où seuls les plus forts – entendre les plus riches – survivent, est d’une troublante actualité et ne peut qu’interroger chacun sur ce qu’il attend de l’avenir.  
    Dans ce monde de 2028, on ne sait plus ce qu’est un livre – on ne connaît que les catalogues des magasins – et on doit faire partie des heureux gagnants de la loterie qui auront le droit de se faire soigner les dents. Heureusement, il existe, bien cachées, des lieux de résistance : les « écoles du maquis », où d’anciens instituteurs à la retraite enseignent « comme autrefois » dans l’échange et l’ouverture d’esprit, où l’on apprend l’histoire qui aide à mieux comprendre d’où l’on vient et où l’on arrive. Mais ces écoles sont traquées et les enfants quoi les rejoignent doivent couper les ponts avec leurs familles…
    L’Ecole est finie est un livre à lire d’urgence, à relire, à méditer et à faire circuler sans attendre. Avant que…
    Au moment de nous mettre au lit, ma petite sœur me raconte en faisant la moue qu’aujourd’hui elle a encore perdu à la « tombola des soins dentaires » et que ma mère lui a annoncé qu’elle devrait donc aller chez Solange la « bricoleuse » pour faire soigner ses caries. Elle a peur de souffrir car la guérisseuse n’utilise pas d’anesthésiant. Je me rappelle qu’à l’âge de neuf ans j’étais moi aussi allé chez le dentiste des pauvres, le seul dont les soins sont remboursés. Ma mère et moi étions arrivés très en avance pour être sûrs d’avoir un numéro. Ensuite, le dentiste avait fait tourner sa roue pour désigner les dix malades qui auraient le droit d’être soignés. Ce jour-là, j’avais eu la chance d’être choisi par le sort.

    Yves GREVET, L’Ecole est finie.

    Feuilleter le début du livre ici.

    Lire un autre extrait .

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  • Soixante-quatre ans de la vie d'une femme (E. GUILCHER)

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    A la fois emblème et paradoxe, telle fut Simone Signoret.

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    "Vingt-cinq ans après sa disparition, Simone Signoret reste irremplacée et irremplaçable.
    Emmanuelle Guilcher n’a cessé de l’admirer dès son adolescence : « J’avais treize ans et toute l’audace des jeunes filles timides persuadées que le monde leur appartient si elles désirent lui appartenir. Simone Signoret me fascinait. J’ai décidé de lui écrire comme à quelqu’un qui m’était familier. Simone a répondu… »

    Par la suite, Emmanuelle Guilcher a nourri sa passion pour cette femme, rencontrant ceux qui l’ont fréquentée, célèbres ou non. Après avoir recueilli plus de cinquante témoignages inédits, passé des heures à visionner de nouveau tous les films qu’elle a pu retrouver et enquêté durant dix ans sur les lieux foulés par les pas de son icône, elle retrace son parcours. Des ses débuts de comédienne dans la France occupée à la rencontre de sa vie avec Yves Montand, de Casque d’or à la Madame Rosa de La Vie devant soi, de l’oscar à « l’affaire Marilyn », de l’artiste à l’écrivain, elle relate les épreuves et les choix de cette femme engagée dans les grands combats de son temps, d’une « actrice dans son époque, un témoin sans pareil d’un demi-siècle fécond »."

    Emblème et paradoxe car emblème d'une femme engagée, ancrée dans son siècle, forte en gueule, intrépide et d'une beauté presqu'arrogante, et paradoxe d'une épouse qui accepta tout, depuis les trahisons publiques de son mari jusqu'au vieillissement le plus exhibé.

    La biographie d'Emmanuelle GUILCHER est complétement réussie. Car ce n'est ni une hagiographie, comme il y en a tant, ni une attaque à charge. Elle brosse le portrait d'une femme libre qui choisit elle même ses servitudes, elle narre l'itinéraire d'une femme depuis l'émergence d'une conscience politique à l'adolescence jusqu'à la détermination des combats de la fin, enfin elle raconte le parcours d'une actrice hors-norme qui sut, et c'est bien une des seules, voire la seule peut-être accepter d'être ce qu'elle était, quelque soit son âge et son apparence.  Si Simone Signoret restera dans les coeurs et les têtes des gens, c'est pour avoir été autant Casque d'or que Madame le Juge..

    En fait, la carrière de Simone Signoret est bien double : une première, fondée sur la "plastique", s'achève après l'oscar à Hollywood ; la seconde commence avec Le Chat. Il y aurait sûrement beaucoup à écrire sur cette métamorphose physique, au risque de tomber dans les clichés psychologiques : infidélité du mari, alcool, on ne saura jamais si les causes ne sont pas des conséquences et les conséquences des causes. Les faits sont là, incontestables. La beauté insolente de Casque d'or, devenue effigie d'affiches, de cartes téléphonqies, de timbre-poste, continue aujourd'hui de symboliser la grâce de la jeunesse : la bouche charnue, les pommettes hautes, la tête droite sur des épaules carrées et savamment dénudées, le visage parfait encadré de longs cheveux blonds, Simone Signoret - casque d'or rayonne encore. Mais un autre visage de Simone Signoret vient parfois brouiller cette image comme universelle de la beauté, qu'elle aurait dû laisser pour l'éternité. Ces photos de Simone Signoret qui l'illustrent tout autant sont un mélange de l'héroïne du Chat, de madame Rosa qu'elle va incarner dans La Vie devant soi et de Simone Signoret vieillie dans la vie, le cheveu gris, le visage un peu tombant, les paupières alourdies, les lunettes encerclant un regard moins vif et la silhouette pesante. Les deux Simone Signoret vont se succéder, se superposer, sans qu'aucune ne fasse de l'ombre à l'autre.

    Emmanuelle GUILCHER, Signoret, une vie, 2010.

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  • Lise et Lulu (L. LEVITZKY)

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    Voici un livre que j'ai beaucoup aimé mais pas pour les raisons que je supposais au départ :

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    "En 1951, Elisabeth "Lise " Lévitzky épouse Lucien Lulu Ginsburg. S'ensuivront 10 ans de mariage puis 30 ans de rendez-vous clandestins. Du jour de leur rencontre, le 5 mars 1947, à ce 5 mars 1991. où elle accompagne sa dépouille au cimetière du Montparnasse. Lise a ainsi vécu plus de 40 ans d'amour, de disputes et de retrouvailles avec Serge Gainsbourg : une sorte de Je t'aime moi non plus avant Bardot et Birkin. 44 années durant. Pour la première fois, dans ce livre, elle raconte l'époque où, pauvre et inconnu, le jeune Lucien Ginsburg rêvait de devenir peintre. Elle retrace l'apprentissage de l'auteur-compositeur et dévoile le secret de chansons célèbres comme Le Poinçonneur des Lilas. Elle révèle enfin pourquoi Lucien a choisi de devenir Serge, pourquoi il a abandonné la peinture et pourquoi il a, plus tard. réécrit son passé. En montrant Serge Gainsbourg sous un jour inédit, le récit de leur histoire d'amour hors norme constitue la pièce manquante du puzzle qui permet de mieux comprendre la vie et l'oeuvre de l'un des plus grands génies de la chanson française."

    Bien sûr, même si presque galvaudé de le revendiquer, j'ai toujours adoré le travail de Gainsbourg. Pour cette raison, j'ai souffert d'ailleurs d'avoir été adolescente dans les années quatre-vingt et d'avoir longtemps gardé en mémoire les images de Gainsbarre qui faisait florès sur les chaînes de télévision de l'époque. Bien sûr, j'ai lu les biographies qui lui ont été consacrées. Néanmoins,  je n'y ai jamais retrouvé la franchise et la lucidité de Lise LEVITZKY, et pour cause. Elle, c'est Lucien qu'elle a connu et qu'elle n'a cessé de connaître. Sur lui, elle pose un regard à la fois tendre et agacé, mais toujours acéré. Elle était à ses côtés lorsque le jeune étudiant peintre s'est mué en chanteur et auteur à succès, elle l'a jugé, lui a dit, mais est toujours restée.

    Mais au-delà du témoignage de "celle qui fut la première femme de Gainsbourg", ce livre est le récit d'une vie, celle d'une femme libre, née dans la première moitié du vingtième siècle et qui a vécu ainsi, en amazone. Féministe avant l'heure, indépendante, artiste et engagée dans son siècle, Lise LEVITZKY offre à travers son livre un document : une vie de femme, tout simplement.

    On me demande parfois, d'ailleurs, si Lucien ressemble à Gainsbarre, le sale type qu'on a vu à la télé. Evidemment, c'est un rôle, un personnage fabriqué, un ivrogne qui dit des gros mots et qui a de l'argent. Les gamins sont au chômage, tout le monde leur répète que leur avenir est bouché, on leur dit de se conduire correctement pour trouver un boulot et de faire attention au sida. Ils s'emmerdent. Alors ils apprécient que quelqu'un transgresse à leur place. Et voilà Gainsbarre qui arrive en leur disant qu'il baise à droite et à gauche avec des filles et des garçons. Il est toujours bourré, il dit des horreurs. Ce ne sont pas de grosses transgressions. Certains livres disant que c'est un pervers. Mais pas du tout ! La perversité, c'est faire le mal pour le plaisir, et Lucien n'a jamais été ainsi. Mais il se trouve qu'en France on adore les ivrognes. On les encourage à boire. D'une certaine manière, il s'est retrouvé prisonnier de Gainsbarre, de l'alcool, en même temps qu'il s'était construit un univers cohérent et parfait rue de Verneuil, un univers d'où il lui était impossible de s'échapper. Maintenant, il est là-bas comme une araignée au centre de sa toile.

    Lise LEVITZKY (avec Bertrand DICALE), Lise et Lulu, 2010.

    Critiques et infos sur Babelio.com

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  • Travailler moins pour lire plus (A. SERRES - PEF)

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    Il y a des slogans qui d'emblée vous interpellent :

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    "Sur l'île Turbin, on fabrique des livres, beaucoup de livres mais, on n'a pas le temps d'en lire un seul ! Il faut toujours travailler plus ; c'est le bon roi Dontontairalenom qui l'exige. Mais un jour, pourtant, un grand rêve ose traverser l'île : travailler moins pour lire plus..."

    La collection "Kouak" des éditions Rue du monde a le sens du titre : n'est-elle pas aussi celle de Comment apprendre à ses parents à aimer les livres pour enfants ?

    Ici, c'est un vrai bonheur que de découvrir cette île Turbin et ses cinq montagnes : le Mont Machin, le Mont Miam miam, le Mont Pin-Pon, le Mont-Royal (où réside le roi Dontontairalenom et enfin le Mont Boukiné et sa "source des lettres". En revanche, le bonheur de lire, personne ne le connaît sur cette île puisque "chacun se plaint de n'avoir jamais eu le temps d'essayer". Heureusement, un jeune homme va faire changer tout ça...

    C'est drôle, juste, pile dans l'air du temps et large d'esprit puisque l'histoire a deux fins !

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  • Alzabane, l'oiseau de la lune (J-S. BLANCK)

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    Ce livre-là, c'est comme un Finger : on aurait aimé qu'il soit plus grand !

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    "Aux origines de la Terre, cette dernière n'était peuplée que d'oiseaux étranges et de toutes races. Elle n'était tout juste qu'une planète de gaz, un globe aérien sans jour ni nuit. Dans les profondeurs vivaient les plus petites races. Plus haut vivaient des espèces au corps translucide. Et plus haut, des oiseaux-bulles... Mais un jour naquit Alzabane, un oiseau de petite race. Percuté par un vieil oiseau, ce dernier fut entraîné vers les profondeurs de la Terre. Alors apparut la Lune !"

    Quand je dis plus grand, je veux signifier que la beauté des images aurait mérité d'être affichée sur un plus grand format afin de mieux la savourer. Il s'agit d'un conte, un récit des origines, destinés aux enfants de huit-dix ans. L'histoire est juste et poétique, aux frontières du rêve et de réalité, et c'est le prétexte à lire à la fois un récit de création du monde et un conte onirique. Magique.

    Rien ne bougeait. Tout était fixé. Les étoiles, qui tremblaient et s'agitaient dans le ciel de la terre, ne scintillaient plus. La nuit et le vide sidéral les avaient figées. [...]

    En maître absolu, le grand Cosmos faisait régner le silence, la nuit et l'immobilité. Comme les étoiles, le Soleil et la Lune y obéissaient. Alzabane, lui, désobéissait à cette grande loi de l'Eternel. Mais il osa continuer son vol vers la Lune, si irrésistiblement belle.

    Jean-Sébastien BLANCK, Alzabane l'oiseau de la Lune, 2007

    Le site des éditions Alzabane.

    Lu dans le cadre de l'opération Masse critique de Babélio.

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  • Les Insomniaques (C. de VILLENEUVE)

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    Nous voici en présence d'un phénomène tout à fait intéressant : un premier roman qui a toutes les allures d'un livre de vieux briscard !

    "A la mort en 1946 du vieux marquis d'Argentières, ses héritiers se voient contraints de renoncer au train de vie qui fut le leur durant des siècles. Ils vont désormais s'appliquer à en conserver l'essentiel - un château en Anjou et un hôtel particulier à Paris - alors que, pendant plus d'un demi-siècle, la France connaît des bouleversements : guerres d'Indochine et d'Algérie, Mai 68, loi IVG, années Sida, crises économiques, etc. Ces événements, les Argentières les vivront à leur manière, à la fois dans et hors du temps, comme s'ils ne pouvaient pas se laisser emporter au creux du fleuve de l'existence ordinaire. Persuadés d'être protégés par la grandeur passée de leurs ancêtres, ces personnages fiers et fragiles tenteront, tout au long de ce roman foisonnant, de répondre à la question insistante qui leur est posée - à eux, mais aussi à chacun de nous : comment porter le poids d'une histoire familiale ? Ou peut-être, plus encore : comment s'en libérer ?"

    Comment une jeune femme de vingt-huit peut-elle avoir idée d'aller s'embarquer dans un truc pareil ? Une saga familiale comme on en faisait au siècle dernier. Et pourtant, ça marche...

    Bien sûr, au début, on est un peu perdu parmi les branches de cet arbre généalogique touffu, néanmoins assez vite on devient familier de tous ces personnages, on les aime, les déteste, on a envie d'en savoir plus sur chacun d'eux.

    Je n'appartiens pas à cette vieille noblesse française et la seule connaissance que j'en ai proviens des quelques Point de Vue-Images du monde que j'ai pu lire chez mon coiffeur ou mon dentiste (le mariage d'Isaure de Machin de Truc  avec Athanase Bourbon-Chose), imaginez donc comme je partais de loin et pourtant, Camille de VILLENEUVE réussit à nous rendre tout ce petit monde cohérent et presque accessible.

    Il ne s'agit pas de la révélation de l'année, mais d'un gros roman au charme un peu désuet et plutôt agréable.

    livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

    "Il n'est même pas sûr que tout s'achève à cause de nos difficultés matérielles. Non... Notre décadence économique n'est qu'une apparence dont notre pudeur, ou notre fierté, habille notre décadence morale. Nous mourons, vois-tu, de la haute idée que nous avons de nous-même, de notre supériorité intellectuelle que rien ne saurait entamer. Pourtant, nous ne sommes ni cultivés ni curieux, nous ne sommes capables ni d'un sentiment spontané ni de réelle affection. Notre politesse nous pousse à des ridicules dont nous ne sommes même pas conscients. Nous pensons faire croire à l'autre que nous l'exhaussons par notre humble déférence, et nous nous flattons de nos stratégèmes. Nous sommes seulement incapables de sincérité et de justesse. Nous sonnons faux." [...]

    "Nous compulsons les livres qui citent notre nom, collectionnons les objets marqués à nos chiffres, recherchons les portraits qui sont passés dans nos maisons, dressons des généalogies, nous sommes d'avides nécrophiles, des idolâtres." [...]

    "Nous ne haïssons pas le monde, ni les gens qui ne nous ressemblent pas. Pire, nous les prenons en pitié de n'être pas comme nous. Quant aux autres qui nous ressemblent et dont les noms sont cousins du nôtre, nous les craignons car ils menacent notre supériorité. Nous haïssons le changement, nous voulons que chacun joue son rôle dans notre cosmogonie mortifère, que l'on s'empêche de croître, que l'on se pétrifie. Nous sommes des insomniaques, incapables de sommeil et de repos, car nous attendons de revivre notre passé, nous voyons en toute naissance la marque obsolète de notre histoire, nous ne savons pas oublier."

    Camille de VILLENEUVE, Les Insomniaques, 2009.

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  • Bonjour Venise (F. SAGAN)

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    Encore une fois, ces Cahiers de l'Herne sont une bonne pioche :

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    J'avais déjà évoqué un autre de la collection dans Pourquoi je lis, extrait de De très bons livres. Ici, il s'agit d'un recueil de textes de voyage : New York, mais aussi Naples ou Capri et surtout, Venise.

    Certes Françoise SAGAN ne renouvelle pas le genre du récit de voyage, mais elle sait y apporter son oeil unique et son humour à fleur de page. C'est... juste ! Tout simplement.

    On marche beaucoup à Venise, tout le monde le sait. Attendre le vaporetto est long, on y est entassé, c'est très ennuyeux dès qu'il y a la foule, ce qui arrive onze mois sur douze (le nom du douzièmle mois est très discuté). Il faut se promener à pied donc, dans les ruelles étroites, tortueuses, encombrées de fruits, de miroirs et de fleurs. Les gens sourient et quand par hasard ils sont vénitiens, ils sont beaux. On retombe vite sur l'eau d'ailleurs, on passe des ponts de pierre étraoits, on s'y accoude, pour assister aux démêlés d'un gondolier et d'une Américaine, ou pour regarder la mousse et les coquillages noirs sur la pierre. Tout est léger, rapide. L'apéritif au Florian, bercé par les flonflons d'une musique viennoise, s'impose aussi. On voit passer sur la place des groupes étrangers, on y voit tourner des films, on s'y amuse. Sur les terrasses de la place, les Vénitiennes faisaient bouillir des herbes, trempaient les cheveux dans ces mixtures et les faisaient sécher au soleil, pour obtenir leur fameux blond. Elles se mettaient aussi des tranches de veau cru sur le visage afin de posséder un joli teint. De temps en temps, leurs époux et soupirants s'entre-égorgeaient sur la place pour des raisons politiques. On pense à tout ça en buvant un vermouth blanc, on regarde les pigeons que la célébrité, jointe à la stupidité de leur espèce, a rendus effroyablement prétentieux et encombrants. Ils sont toujours dans vos jambes, ils vous voleraient vos clips si c'était possible.

    Françoise SAGAN, "Bonjour Venise", 1954.

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  • La Relieuse du gué (A. DELAFLOTTE MEHDEVI)

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    C'est un "premier roman", comme on le dit aussi d'un premier film. A savoir qu'il est prometteur, délicat, original, mais aussi un peu brouillon, un peu languissant parfois, un peu éparpillé. Comme si l'auteur, dans cette première oeuvre, avait voulu tout et s'était laissée parfois déborder par son histoire. Le désir de trop bien faire.

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    "Mathilde délaisse une carrière prometteuse de diplomate pour ouvrir un atelier de reliure dans un village de Dordogne. Cuirs, fibres de bois, feuilles d'or et pigments accompagnent désormais le quotidien de la jeune femme qui restaure avec passion et minutie les ouvrages qu'on lui confie. Un matin, alors que la pluie bat le pavé de la ruelle, un visiteur franchit le seuil de l'atelier. Un homme d'une beauté renversante et enveloppé d'un parfum de fougère et de terre fraîche. Celui-ci lui remet un livre ancien pour restauration, et disparaît. " Un bon relieur est quelqu'un qui ne lit pas ", disait le grand-père de Mathilde. Et pourtant, comment résister à la tentation de plonger dans ce mystérieux ouvrage relié à l'allemande, offrant des dessins représentant un fanum, antique lieu de culte gallo-romain, et dissimulant dans sa reliure une liste de noms à l'origine inconnue ? Cadencé par les vers de Cyrano de Bergerac, La relieuse du gué est un roman façonné pour tous les amoureux du livre."

    Mais n'allez pas vous méprendre : c'est un roman que j'ai apprécié. Parce que malgré ses menus défauts, il dégage un charme et une musique très agréables aux oreilles comme aux yeux (les pages sont roses, dit l'éditeur, "résultat d'une recherche soucieuse d'un plus grand confort de lecture"). L'écriture est très sensuelle et Anne DELAFLOTTE MEHDEVI sait à merveille décrire le métier de relieuse sans jamais être ennuyeuse. Les livres prennent vraiment vie chez elle, puisqu'ils sont traités comme des personnes, et non des éléments d'un tout commercial. Chacun est unique et traité comme tel.

    L'air de rien, ce livre déposé chez Mathilde la relieuse par un bel inconnu mystérieux et épuisé va devenir grimoire et faire voyager à travers le temps, ramenant en surface un passé que le village voudrait oublier. ce village et surtout cette ruelle des artisans qui semble déjà hors du temps. Alors oui, je me suis parfois un peu langui des pérégrinations de Mathilde et ses hommes, je me suis un peu agacée de ces semis de vers de Cyrano à des moments plus ou moins judicieux, néanmoins, j'ai lu d'une traite cette histoire de papier(s), hymne à ceux qui les font, hommage à ceux qui les lisent...

    J'attaquai, commençai par ceux aux couvertures dures. munie d'un scalpel, j'incisai les pages de garde tristes et fanées des contre-plats, sectionnai sur toute la longueur, au-delà des ficelles. Je donnai un coup violent et sec sur le contre-plat qui céda. L'opération coup-de-poing terminée, je finis de les déshabiller. Les blocs étaient uns à présent. Je nettoyai délicatement avec une éponge leur dos tiède. Ils n'avaient que peu souffert du temps, un peu d'avoir été empilés de guingois, ce qui avait déformé les dos, fait glisser les blocs. celui-là, en bas de la pile, n'avait pas été mis au repos avec les autres mais dans un placard mal aéré de grand-mère, je le déshabillai le premier de sa toile tachetée de moisissure. je le mis, à défaut de soleil, sous une lampe.

    Ces livres avaient été peu lus mais ils l'avaient été, pour preuve : une tache de doigt d'enfant ici, une trace de beurre, de chocolat, un insecte écrasé, un trèfle à quatre feuilles... La vieille colle fondait, se diluait sagement. les presser pour les redresser, les coudre pour certains, les encoller, et préparer leurs nouveaux habits...

    Je travaillais sur eux, en pensant à l'autre : aux pages de garde aux fleurs de lys qu'il faudrait bientôt mettre à sécher, à l'odeur de suie, au client et au livre sans nom, à son auteur inconnu. Je décidai, puisque ce fanum sorti de terre n'avait ni repère ni points cardinaux, qu'il était imaginaire. Quant au livre lui-même, étrangement, il m'était familier, du fait de l'attente que j'avais de revoir l'homme qui le possédait ? Du fait peut-être qu'il était relié à l'allemande ? Sans doute. Mais au-delà des faits, mon attachement à l'objet continuait à me sembler étrange, déplacé.

    Anne DELAFLOTTE MEHDEVI, La Relieuse du gué, 2008.

    Merci à Clarabel.

    Une interview de l'auteur, Anne DELAFLOTTE MEHDEVI ici.

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