20.07.2010
Le mille-feuille de petits-beurre aux spéculoos (M. FERDJOUKH)
Il y a des livres, comme ça, qui ne sont que du bonheur :

"Comme Les Trois Mousquetaires étaient quatre, les Quatre Sœurs Verdelaine sont cinq. Il y a les plus jeunes, celles qui, chacune, donnent son titre à une partie de ce livre : Enid, 9 ans, se dévoue à la protection des pensionnaires du grand sycomore du jardin, Blitz l'écureuil et Swift la chauve-souris, et dialogue à l'occasion avec son ami Gnome de la Chasse d'eau. Hortense, 11 ans, passe le plus clair de son temps à lire, à tenir son journal et à se demander ce qu'elle va faire comme métier. Architecte ? Chirurgienne ? Bettina, 14 ans, fait sa bêcheuse dans la salle de bains, se shoote aux 218 épisodes du feuilleton Cooper Lane, copine avec Denise et Béhotéguy, et enquiquine le reste du monde. Geneviève, 16 ans, prend des cours de boxe thaïe essoufflants tandis que les autres la croient occupée à baby-sitter. Mais il y a aussi Charlie, l'aînée, 23 ans, qui s'occupe de tout : bricoler, cuisiner ; travailler dans un labo, aimer Basile, tirer le diable par la queue et tenter d'élever ses cadettes depuis la mort des parents. Tout ce petit monde habite la Vill'Hervé, une grande maison au bout du bout de la lande, au bord du bord de la falaise, pleine de recoins, de mystère, d'hôtes de passage et de pannes de Madame Chaudière. Il essaie de vivre (ça marche), il essaie d'aimer (bof, bof...), il essaie d'affronter les épreuves (tout est toujours à recommencer) et il essaie d'en rire (à tous les coups l'on gagne)."
Comment définir le plaisir intense que procure la lecture ce roman des quatre saisons (automne avec Enid, hiver avec Hortense, printemps avec Bettina et été avec Geneviève) ? c'est bien simple, à peine terminé, on n'a qu'une seule envie : le relire, pour savourer encore et encore cette vie plus vraie que la vraie vie, cet univers inclassable, où le quotidien le plus prosaïque cohabite avec la fantaisie la plus débridée, où les gnomes de chasse d'eau s'appellent Cary Grant, où les parents décédés ont la manie d'apparaître dans les tenues les plus incongrues (une robe de soirée pour pécher des coquillages, par exemple...) et où toutes les anecdotes ont le parfum de la justesse parfaite.
Joyeux fouillis empli de personnages aux noms improbables, ambiance qui emprunte autant au club des Cinq qu'aux films de Jacques DEMY, la lecture de cette tétrade devenue unique roman est à conseiller à tous (et surtout toutes), de dix à cent dix ans ! Ainsi cette recette de mille-feuilles de petits-beurre, que Bettina réalise pour "se changer les idées" :
- Tu penses faire quoi avec ça ? demanda sa mère.
Bettina tourna la tête.
- Ca faisait longtemps ! murmura-t-elle. Tu apparais toujours quand on ne t'attend plus.
Lucie Verdelaine portait ceciré jaune qui la faisait ressembler à un cap-hornier de livre d'images, et de grosses bottes en caoutchouc vert. Elle prit Ingrid et s'envola au plafond, s'assit sur un coin du vaisselier. Elle passa le doigt sur la moulure, le montra à sa fille :
- Pas terrible, le ménage. Cette poussière.
- On fait ce qu'on peut. Tu n'avais qu'à pas mourir. Papa n'est pas avec toi ?
- Il anime une conférence sur l'émission de gaz polluants en enfer. Il veut élaborer une charte de bonne conduite envers les damnés.
- Papa pense toujours aux autres, dit Bettina avec tendresse.
Sa mère se pencha, tira sur son ciré pour un plus joli tombé, et caressa Ingrid en balançant ses pieds dans le vide.
- Je me trompe ou tu fais mon fameux gâteau sans cuisson ?
- Ton mille-feuille de petits-beurre aux spéculoos, yes sir. Ne me dis rien, j'essaie de me souvenir.
Bettina émietta un paquet de spéculoos qu'elle mélangea avec du beurre et du fromage frais. Elle quéta l'approbation de sa mère qui l'observait; jambes pendantes, depuis le haut du vaisselier. [...]
- Euh... ensuite ? demanda Bettina.
Elle nota que sa mère ne portait plus le ciré mais son grand tablier en vichy bleu. C'était un don depuis sa mort. Elle pouvait changer de vêtement en une seconde. [...]
-Une dose de Nescafé dilué pour parfumer. Il est rangé où, le moule à cake ? Si on peut appeler ça rangé...
Bettina le trouva et disposa au fond une couche de petits-beurre, versa dessus le mélange aux spéculoos.
- Pour finir, dit sa mère, une couche de petits-beurre. Tasse doucement. Il ne faut pas casser.
[...] Bettina plaça le moule dans le réfrigérateur.
- Merci, dit-elle. C'est la seule recette que je suis capable de cuisiner. Tu te souviens ? Mon premier gâteau de...
Son regard chercha dans la pièce. Elle était à nouveau seule avec la chatte. Sa mère avait disparu. Bettina soupira.
Malika FERDJOUKH, Quatre soeurs, 2010.
Un autre extrait ici.
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31.03.2010
Spagbol (S. WESTERFELD)
"... c'est une arnaque, Tally. On ne te montre que de beaux visages ta vie durant. Tes parents, tes professeurs, n'importe qui de plus de seize ans. Mais tu ne nais pas en pensant rencontrer ce genre de beauté chez tout le monde ; on te programme pour trouver les autres moches."

"Tally aura bientôt 16 ans. Comme toutes les filles de son âge, elle s'apprête à subir l'opération chirurgicale de passage pour quitter le monde des Uglies et intégrer la caste des Pretties. Dans ce futur paradis promis par les Autorités, Tally n'aura plus qu'une préoccupation, s'amuser... Mais la veille de son anniversaire, Tally se fait une nouvelle amie qui l'entraîne dans le monde des rebelles. Là-bas, elle découvre que la beauté parfaite et le bonheur absolu cachent plus qu'un secret d'État : une manipulation. Que va-t-elle choisir? Devenir rebelle et rester laide à vie, ou succomber à la perfection ?"
Ah, que voilà un roman qui sait toucher là où il faut ! Science-fiction et pourtant... pas tant que ça... Longtemps j'ai tourner autour sans réelle envie d'y entrer. D'abord à cause de cette stupide phrase : "Dans le monde de l'exrême beauté, les gens normaux sont en danger". Ouh la la, c'était au moins aussi appétissant qu'une fiction de TF1 ! Mais comme quoi il est bon de savoir dépasser les apparences, je me suis engagée dans cette lecture... et ne l'ai pas regretté.
C'est un univers d'anticipation que nous dépeint Scott WESTERFELD. A la fin de l'enfance, les jeunes gens quittent leur parents pour rejoindre Uglybille. Là, ils attendront sagement leur seize ans pour subir l'opération qui en fera des Pretties. Ils seront entièrement remodelés, plus grands, plus beaux, plus minces, et surtout plus... dociles. Car lorsque l'on a tout ce qu'on peut désirer, pourquoi se révolter ? De grands yeux, des lèvres pleines, une peau claire et lisse, et si c'était ça le bonheur ? Oui, mais et si, justement, ce n'était pas ça ? En cherchant à en savoir davantage, Tally va enfreindre les règles et découvrir une autre réalité, celle de la nature, loin du formatage.
Ce roman pose beaucoup de questions : apparence, écologie, pouvoir, peur de vieillir. Son habileté tient à sa manière de "coller" à une réalité adolescente, tout en la métaphorisant : et si c'était normal d'être moche pendant un temps ? où est la norme ? à quoi ressemeblera notre futur, ou plutôt celui de nos petits-enfnats ? jusqu'où peut-on aller au nom du "bien" de l'humanité ?
En même temps que sont posées les questions, les réponses restent ouvertes. Et cela donne juste envie d'aller lire les autres romans !
SPAGBOL
Avant même que son coeur ait cessé de battre la chamade, l'estomac de Tally se mit à gronder.
Elle fouilla dans son sac à dos à la recherche du purificateur d'eau qu'elle avait rempli à la rivière, et en vida le compartiment de purge. Une cuillère de boue brûnatre s'en échappa.
- Beurk, fit Tally en soulevant le couvercle pour regarder à l'intérieur.
L'eau semblait claire et pure, sans odeur particluière.
Tally but avec soulagement, mais en conserva pour son dîner - ou son petit-déjeuner, cela revenait au même. Elle avait l'intention de voyager de nuit et de laisser sa planche se recharger pendant la journée, afin de ne pas perdre de temps.
Plongeant la main dans son sac étanche, elle en sortit un sachet de nourriture choisi au hasard.
- SpagBol, lut-elle sur l'étiquette avant de hausser les épaules.
Hors du sachet, l'aliment avait l'apparence et la texture d'une baguette de coton séché. Elle le lâcha dans le purificateur, où il se mit à bouillir en produisant de petits gargouillis.
Tally regarda vers l'horizon. C'était la première fois qu'elle voyait le soleil se lever en dehors de la ville. Comme la plupart des Uglies, elle se levait rarement assez tôt et, de toute façon, l'horizon était perpétuellement bouché par les immeubles de New Pretty Town. Le spectacle d'un authentique lever de soleil la stupéfia.
Une bande orange et jaune embrasa le ciel, magnifique et inattendue, aussi spectaculaire qu'un feu d'artifice. Elle se modifia à un rythme régulier, tout juste perceptible. Voilà comment se présentait la vie dans la nature, comprit-elle. Dangereuse ou splendide. Ou bien les deux.
Le purificateur émit un ping ! Tally souleva le couvercle et se pencha au-dessus : c'était des pâtes avec une sauce rouge, des petites boules de soja et une délicieuse odeur. Elle consulta de nouveau l'étiquette.
- SpagBol... spaghetti à la bolognaise !
Elle se restaura avec appétit. Le soleil la réchauffait, les vagues grondaient en contrebas ; il y avait des siècles qu'elle n'avait pas mangé aussi bien.
Scott WESTERFELD, Uglies, 2007.
08:20 Publié dans Littérature gourmande | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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28.03.2010
Pavé de cabillaud, beurre monté au citron vert et à la vodka, et ses bonbons d'huître
Pour le cas où vous ne l'auriez pas encore remarqué, je ne suis pas particulièrement adepte des titres à rallonge. Mais bon, là, ça s'imposait ! De surcroît, l'idée n'est pas de moi : c'est encore une des recettes que j'ai réalisées lors de ma journée chez SCOOK, l'école de cuisine d'Anne-Sophie PIC.
Ne vous laissez pas impressionner par la longueur du titre (en encore, je ne vous ai pas tout dit...), cette recette nécessite surtout de bons produits de base, une bonne organisation et... la patience de vos invités durant le dressage de l'assiette ! A part ça, tout roule !
La recette se déroule en plusieurs temps : il s'agit de réaliser un chutney de concombre, de préparer des bonbons d'huître et de cuire à vapeur des pavés de cabillaud. Initialement, nous avions rélisé la recette avec des pavés de bar de ligne. Plus aisés à trouver, j'ai choisi le cabillaud. Voici donc le :
PAVE DE BAR, BEURRE MONTE CITRON VERT-VODKA, CHUTNEY DE CONCOMBRE ET BONBONS D'HUÎTRE
Pour 4, il faut :
- 4 pavés de cabillaud
- 25 de gros sel
- 20 g de wakamé
- de l'huile d'olive
- une gousse d'ail
- 5 g de gingembre
- 50 g de vinaigre blanc
- 50 g de vin blanc
- 40 g de miel
- un concombre
- 8 huîtres n°3
- 20 g de vodka
- 150 g de beurre doux
- 50 ml de crème liquide
- sel et poivre
Réhydrater les algues.
Éplucher le concombre et tailler huit lamelles fines à l'aide de l'éplucheur ou d'une mandoline. Réserver sous un papier humide. Sélectionner les parties pleines du concombre et centrifuger (ou mixer) la partie centrale avec les pépins. Découper les morceaux de concombre en brunoise (petits cubes de 5 mm - en théorie - de côté).
Peler l'ail et le gingembre et les tailler en bâtonnets. Les blanchir trois fois de suite en les refroidissant entre chaque blanchiment.
Verser dans une poêle profonde ou une petite sauteuse le vin blanc et le vinaigre, les porter quelques minutes à ébulliton, puis ajouter le miel, le gingembre et l'ail. Laisser réduire de moitié avant d'ajouter la brunoise. Couvrir et laisser cuire jusqu'à évaporation, pendant environ une heure.
Rectifier l'assaisonnement et réserver.
Ouvrir les huîtres et récuper l'eau. L'ajouter au jus de concombre.
Réserver les huîtres au frais.
Blanchir puis refroidir immédiatement les lamelles de concombre. Réserver.
Plonger les pavés de cabillaud dans un demi-litre d'eau salée pendant dix minutes. Déposer au fond de la cocotte les algues et un peu d'eau. Huiler légèrement le panier-vapeur et y déposer les pavés de poisson. Fermer la cocotte-minute et laisser cuire deux minutes à partir du sifflement de la soupape. Laisser ensuite reposer trois minutes avant de dresser.
Faire tièdir doucement les huîtres (il ne s'agit pas de les cuire), dans l'eau qu'elles ont refaite.
Préparer le beurre monté en chauffant le mélange jus de concombre et première eau des huîtres. Crèmer puis ajouter le beurre bien froid coupé en petits morceaux en fouettant sans cesse. Terminer par le jus de citron vert et la vodka. Émulsionner au mixer.
Dresser l'assiette : déposer deux lamelles de concombre dans l'assiette, ajouter une huître sur chacune et recouvrir d'une autre lamelle de combre ; former une petite quenelle de chutney dans un coin de l'assiette ; placer le pavé de cabillaud au centre et l'arroser de sauce mousseuse. Servir sans attendre !

Remarques :
- Cette recette peut se faire avec n'importe quel poisson blanc.
- Je sers cette recette avec un riz blanc pour profiter de la sauce...
12:43 Publié dans Poissons | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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26.02.2010
Un travail de kiwi (J.A. SANDOVAL)
Frappadingue, c'est le mot qui vient en lisant ce livre :

"Quelle famille ! Don Pepe Topete, le père, jamais à court d'idées toutes plus catastrophiques les unes que les autres, invente des combines les plus folles, pour offrir à sa famille une vie décente. Dernière en date : émigrer dans un nouveau pays, que personne ne connaît, dans une région indéterminée, mais où la vie sera douce et facile pour tous. Pepe junior ne doute jamais de son père et c'est avec enthousiasme qu'il s'embarque dans l'aventure..."
Ce roman a toute la folie baroque de la littérature sud-américaine. Une histoire abracadabrante (voire abracandabrantesque !), des personnages complètement allumés, un réalisme somme toute très relatif, la lecture de cette Oasis dans le Pacifique est à la fois tragique et hilarante. On frôle le non-sens en permanence, on baigne dans une atmosphère de douce folie, et le tout est relayé par une narration à la fois distanciée et faussement naïve. Bien sûr, on pourra reprocher à ce roman quelques longueurs, une tendance parfois à lâcher un peu trop la bride aux personnages certes pittoresques, mais néanmoins, on passe un bon moment avec la famille Topete. Ainsi ce nouvel emploi proposé au père de famille, Pepe Topete, qui a été licencié du précédent pour avoir tenté d'imposer sa peinture comestible, laquelle a provoqué un gigantesque carnage routier...
Le lendemain, mon père s'est rendu à l'entretien d'embauche, et notre vie a pu alors reprendre un train normal, nous étions comme n'importe quelle famille : un papa chéri travailleur qui nourrit sa femme au foyer si aimante avec ses deux héritiers si affectueux. A ce moment-là, m'est venue à l'esprit l'image de ma famille en train de courir à travers un joli champ des Alpes suisses, chacun immensément gros et heureux (malgré les artères bouchées de cholestérol). Je sais que ce n'est pas la meilleure image du bonheur qui soit, mais bon, mon cerveau est un endroit assez déconcertant quand il s'agit de laisser libre cours à l'imagination.
Cependant, en réalité, il y a eu un détail minime, une de ces petites entraves qui séparent toujours ma famille du bonheur et l'obligent à rester dans le domaine du ridicule. C'était, en l'occurrence, le type de travail que mon père devait faire.
- Tu vas faire quoi ? a demandé ma mère effrayée.
- Un kiwi, c'est un travail de kiwi dans le supermarché... a avoué mon père en revenant à la maison. [...]
- D'accord... il s'agit peut-être d'une tactique pour rendre les fruits plus attrayants aux enfants, a dit ma mère en soulignant le côté positif de l'affaire.
- Mais, Aurélia, tu crois vraiment que je vais m'habiller en légume et que je vais danser avec les enfants que je croise ? a demandé mon père offensé.
- Le kiwi n'est pas un légume, Pepe, c'est un fruit, l'a corrigé ma mère, prête à défendre ce travail qui nous donnerait à manger. [...]
- Je suppose que tu as refusé ce travail, n'est-ce pas, papa ? a demandé Flora avec une légère nuance tragique dans la voix.
- Oui, au début... mais après j'ai pensé aux problèmes qu'on a... et alors... j'ai été obligé de l'accepter, a-t-il reconnu honteux.
En voyant la surprise sur nos visages, il a aussitôt ajouté :
- Je n'avais pas le choix et en plus, c'est eux qui procurent le déguisement.
Il a alors sorti de sa sacoche son costume de kiwi : une énorme peau de peluche marron avec un visage souriant, un maillot vert et des babouches jaunes.
Cela a balayé le peu de dignité qui restait dans notre famille.
- Je ne veux même pas imaginer l'impact psychologique que cela va avoir pour le reste de ma vie, a dit Flora en s'imaginant, à n'en pas douter, dans un hôpital psychiatrique (où, d'après moi, elle finira tôt ou tard). [...]
- Bon, le kiwi est très nourrissant, a dit ma mère dans une tentative de rendre le traumatisme moins douloureux.
Au début, nous avions peur d'aller voir notre père, mais ç'a été un soulagement d'apprendre qu'il n'était pas la seule personne déguisée au rayon "primeurs" : il y était en compagnie d'une anone, d'une cacahuète, d'une aubergine et d'une poire, toutes de peluche. Son emploi du temps fruitier était épuisant : de dix heures du matin jusqu'à six heures du soir, et son seul jour de libre était le mardi, journée pendant laquelle il s'employait à dormir et à récupérer les litres de sueur qu'il avait produits dans les entrailles du kiwi mutant.
Personne dans la famille ne s'est jamais moqué du travail de mon père, surtout quand il a commencé à rapporter de l'argent à la maison, et avec son petit salaire, nous avons repris une vie plus ou moins normale, les services dans l'appartement ont été rétablis, nous mangions des aliments non périmés et ma mère a réglé le premier paiement pour une nouvelle machine à laver.
Jaime Alfonso SANDOVAL, Oasis dans le Pacifique, 2009.
14:50 Publié dans Littérature gourmande | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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09.02.2010
La soupe "des Biches"
Ah, ah, le titre énigmatique que voilà ! Quelles biches, allez-vous dire ? Eh bien, celles du film de Claude CHABROL, sorti en 1968.
Mais pourquoi Chabrol, allez-vous alors vous enquérir ?
Tout simplement parce que j'ai découvert un livre tout à fait original qui lui a été consacré : Chabrol se met à table, de Laurent BOURDON.

"Truffée d'anecdotes recueillies derrière la caméra, cette étude, précise autant qu'amusante des cinquante-sept films du cinéaste, est l'occasion d'une découverte de son oeuvre côté cuisine. Cinquante années de balade gourmande sur grand écran. Du pâté de la mère Chaunier dans Le Beau Serge à la pintade au chou de Bellamy en passant par le ragoût de mouton que Que la bête meure, le fricandeau à l'oseille des Fantômes du chapelier et la lamproie à la bordelaise de La Fleur du mal, l'appétit vient en lisant !"
Cinéma et littérature, le mariage ne pouvait que me plaire ! Et il m'a plu. Pourtant, je l'avoue, je ne suis guère familière du cinéma de Claude Chabrol. Trop étiqueté pour moi "Nouvelle vague" puis "ex-nouvelle vague" ! Néanmoins, je reconnais que plonger dans son univers culino-cinématographique m'a donné envie de plonger dans son univers tout court. Ainsi cet extrait d'entretien au début du livre :
Laurent Bourdon : Quelle est la véritable signification de la nourriture dans vos films ?
Claude Chabrol : C'est tout simple : Si les personnages ne mangent pas... ils meurent ! Donc, je les fais manger. Et puis, c'est un moment particulier, car c'est à table que l'on ment le plus mal. Difficle de mentir la bouche pleine, donc, évidemment, les masques tombent, le vernis craque, le naturel reprend le dessus, appelez ça comme vous voudrez, mais ces moments passés autour d'une table permettent un certain relâchement tout à fait propice à la dramaturgie. [...] c'est vrai que j'aime ces scènes qui mettent véritablement à nu les personnages. Il faut retirer son masque pour manger !
Mais revenons à notre soupe. Rien de bien extraordinaire ni de très innovateur, mais une simplicité de bon aloi. J'ai ajouté ma touche personnelle en faisant revenir quelques graines de courge et en supprimant la crème fraîche (le lait et le beurre suffisaient...). Voici donc la :
SOUPE DES "BICHES"
Pour 4, il faut :
- un kilo de potiron
- 50 g de beurre
- 50 cl de lait
- 50 cl de bouillon de volaille
- 2 pommes de terre farineuses
- une cuillère à café de sucre semoule
- des graines de courge
- une cuillère à soupe d'huile de sésame
- sel et poivre
Éplucher le potiron et couper la pulpe en gros dés de trois centimètres environ.
Faire fondre le beurre dans une cocotte et y faire revenir les dés de potiron sur feu doux. Saupoudrer de sucre semoule, saler et poivrer. Couvrir et laisser étuver à feu doux pendant cinq minutes.
Faire chauffer séparemment le lait et le bouillon de volaille. Peler les pommes de terre, les laver, les épongeret les couper en dés.
Verser le lait puis le bouillon dans la cocotte avant d'ajouter les pommes de terre et de laisser cuire une heure à couvert sur feu doux.
Mixer le tout et assaisonner à nouveau si besoin.
Dans une poêle, faire revenir des graines de courge avec un peu d'huile de sésame.
Servir la soupe saupoudrée de graines.

Remarques :
- Pour la petite histoire, dans le film, la fameuse soupe est immangeable, car "trafiquée"...
- Je craignais un peu sa "richesse", mais elle est juste veloutée comme il faut !
17:56 Publié dans Légumes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
| Tags : cuisine, gourmande, littérature, chabrol, cinéma, potiron, lait, crème, soupe, légume |
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19.01.2010
Pavé de cabillaud "cuisson sous vide"
Pour ce dernier Noël, j'ai eu la chance de trouver dans mes petits souliers le dernier livre d'Anne-Sophie PIC, Recettes pour tous les jours. Je vous avais déjà parlé de ma journée de cuisine dans son école (Scook), de quelques unes des recettes réalisées et surtout refaites à la maison (Suprèmes de pigeon, Soufflé au Grand-Marnier), je me suis replongée avec délice dans son univers.
Et une remarque s'impose : quoi réalisées avec la maestria d'un grand chef, il s'agit vraiment de recettes du quotidien : gratin de ravioles, brioche et pâte à tartiner... tout est appétissant et (semble) abordable. D'emblée une recette m'a fait de l'oeil : un poisson cuisiné "sous vide" avec les moyens du bord. Ayant déjà tâté de la cuisson à la vapeur d'algue de la même maison, j'étais impatiente de tester l'autre.
C'est ainsi que j'ai cuisiné des pavés de cabillaud. Voici donc les :
PAVES DE CABILLAUD CUISSON "SOUS VIDE"
Pour 4, il faut :
- 4 beaux pavés de cabillaud
- un peu d'huile d'olive
- quelques pistils de safran
- une poignée de gros sel
- des sacs congélation à zip
Verser de l'eau dans un saladier et y dissoudre le gros sel. Laisser tremper le poisson une dizaine de minutes.
Égoutter les pavés et les glisser un sac plastique. Verser un filet d'huile et saupoudrer de quelques pistils de safran.
Immerger dans un récipient d'eau les sacs laissés ouvert en veillant à ce que le vide se fasse jusqu'en haut. Zipper les sacs lorsque le vide s'est réalisé.
Porter une casserole d'eau à ébullition. Arrêter le feu et immerger les poissons pendant trois minutes. Les sortir et les laisser reposer dix minutes avant de les servir, avec un riz à l'espagnole, par exemple.

Remarques :
- Le trempage dans l'eau saumurée permet de donner davantage de tenue au poisson.
- Cette cuisson fait ressortir les arômes du poisson et... ne laisse pas d'odeur !
- En plus elle est ultra light !
16:21 Publié dans Poissons | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
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13.01.2010
Coeur de veau braisé
Je l'avoue, j'ai une faiblesse pour les mets mal aimés. Les abats en particulier. Et le coeur notamment. Même si mon affection pour les autres abats n'est plus à prouver (rappelez-vous les rognons...).
C'est pourquoi ce matin lorsque j'ai découvert un superbe coeur de veau sur l'étal de mon boucher, mon sang n'a fait qu'un tour et, sur le champ, je l'a embarqué ! Quant à l'accommodement... Je me suis inspirée d'une recette d'ELLE A TABLE dont j'ai modifié les quantités en fonction de mon placard. Voici donc le :
COEUR DE VEAU BRAISE
Pour 4, il faut :
- un coeur de veau d'un kilo environ
- 3 carottes
- une dizaine de petits oignons
- 50 g de beurre
- une cuillère à soupe d'huile
- 30 cl de vin blanc
- un dl de bouillon de volaille
- un bouquet garni
- 3 gousses d'ail
- sel et poivre
Ajouter les carottes coupées en rondelles et laisser dorer.
Ajouter le bouquet garni, l'ail, le sel et le poivre.
Mouiller avec le vin blanc et le bouillon. Couvrir et laisser cuire une bonne heure.

Remarques :
- C'est absolument délicieux, d'une grande tendreté, et le bouillon de cuisson peut resservir, en soupe par exemple !
- Éventuellement, demandez à votre boucher de le ficeler, vous gagnerez du temps...
14:01 Publié dans Viandes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
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05.01.2010
Galette (des rois) à la frangipane
D'accord, d'accord, je ne suis pas tout à fait à l'heure...
D'accord, d'accord, l'Epiphanie, c'était dimanche ! Mais bon, je ne peux pas ET faire la galette ET la poster le même jour ! Sinon ma crédibilité de "je teste toutes les recettes que je propose" en prendrait un sacré coup !
En même temps, c'eut été dommage de ne pas vous la présenter, cette galette... Car j'ai changé ma traditionnelle recette pour lui apporter davantage de moelleux, de fondant, de... tout meilleur, quoi !
Voici donc la :
GALETTE A LA FRANGIPANE
Pour 8, il faut :
- 2 pâtes feuilletées (vous savez bien chez qui elles sont excellentes...)
- 100 g d'amande en poudre
- 125 g de sucre blond
- 100 g de beurre ramolli
- 4 oeufs
- un bouchon de rhum
- 20 g de maïzena
- 25 cl de lait entier
Préparer la crème pâtissière : faire bouillir le lait avec 25 g de sucre ; mélanger deux jaunes d'oeufs et la maïzena ; verser petit à petit le lait sur les oeufs puis remettre sur le feu le temps de voir la crème épaissir. Réserver au frais.
Préparer la crème d'amande : battre ensemble le beurre, 100 g de sucre et la poudre d'amande ; ajouter un oeuf entier et un bouchon de rhum et continuer à mélanger pour bien incorporer tous les ingrédients.
Préparer la frangipane en mélangeant la crème pâtissière et la crème d'amande pour obtenir une crème la plus onctueuse possible.
Préchauffer le four à 210°.
Étaler la première pâte feuilletée. Déposer la crème en laissant deux centimètres sur les bords. Badigeonner les bords de blanc d'oeuf et poser la seconde pâte feuilletée. Bien souder les bords (après avoir caché la fève).
Battre un jaune d'oeuf et l'étaler sur la galette. Percer un trou pour laisser s'échapper l'air et enfourner pour une quarantaine de minutes. A mi-cuisson, repasser de l'oeuf battu pour bien dorer.
Servir tiède ou froid.

Remarques :
- Je vous mets quand même le lien vers mon ancienne recette, plus rapide et plus facile ici.
- La galette, ça peut se manger TOUT janvier !
08:21 Publié dans Desserts | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
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31.12.2009
Velouté d'huîtres tiède
Pour finir cette année 2009 sur une note raffinée, je vous propose pour ce soir cet amuse-bouche (qui peut devenir entrée si vous augmentez les quantités) ultra simple à réaliser, sachant se réserver au réfrigérateur en attendant son heure, et qui ravira les amateurs d'huîtres comme les autres, ceux qui craignent "la texture" de l'huître crue. Ici, elle est pochée mais a gardé son goût iodé. Voici donc le :
VELOUTE D'HUÎTRES TIEDE
Pour 6 verrines, il faut :
- 12 huîtres (les numéros trois sont parfaites)
- un poireau
- 30 g de beurre
- 4 cuillères à soupe de vin blanc
- 6 cuillères à soupe de crème fraîche
Ouvrir les huîtres et récupérer le jus.
Filtrer le jus et y mettre les huîtres. Faire chauffer doucement dans une casserole et arrêter dès que pointe l'ébullition.
Égoutter les huîtres et réserver le jus.
Laver et émincer un poireau. Le faire suer sans colorer dans le beurre pendant quelques minutes en remuant sans arrêt. Verser le vin blanc et laisser réduire. Lorsqu'il n'y en a presque plus, ajouter cette préparation au jus d'huître ; verser la crème fraîche, 6 huîtres et mixer finement le tout.
Passer la préparation obtenue au chinois et la réserver en attendant le service.
Déposer au fond d'une verrine (ou d'une flûte à champagne, pour faire festif) une huître et verser le velouté préalablement tiédi. Déguster...

Je vous souhaite une excellente fin d'année 2009 et plein de bonnes choses pour 2010 !
12:30 Publié dans Apéritif | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
| Tags : cuisine, gourmande, apéritif, recette de fête, huître, crème, poireau, vin |
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17.12.2009
Les pouranpoli de l'amour (E. DAVID)
Rachel n'est pas ce qu'elle paraît : une petite femme effacée gardienne de la synagogue de Danda.

"A Danda, près de Bombay, Rachel est la dernière représentante de la communauté juive. Son mari s'est éteint et enfants ont émigré en Israël. La vie de Rachel s'organise alors entre le temple, qui n'abrite plus ni rabbin ni office, et la cuisine. La synagogue, où elle s'est mariée et qu'elle entretient avec ferveur. Les fourneaux, où, pour ses hôtes, elle perpétue les traditions culinaires et fait ressurgir les saveurs du passé - poulet kesari, patates tilkout, curry casher.
Quand des promoteurs s'intéressent d'un peut trop près à la synagogue, Rachel, utopiste au coeur pur, s'interpose pour protéger l'emblème de sa foi, le lien vivant d'avec ses ancètres. ses plats, au parfum enivrant de cannelle, cumin ou curcuma, qui ouvrent l'appétit et délient les esprits, seront des armes inattendues contre la spéculation immobilière."
Pas ce qu'elle paraît, disais-je donc, cette petite femme toujours active, que ce soit dans "sa" synagogue ou devant ses fourneaux. Débordante d'amour, et cependant déterminée à faire valoir sa volonté, contre toutes les attentes des uns et des autres, qui avaient misé sur sa docilité... Car elle va soulever des montagnes, Rachel, pour sauver "sa" synagogue, alerter l'opinion, trouver les bons avocats et elle finira par voir tous ses rêves se réaliser, même les plus chers, même ceux qu'elle pensaient les plus irréalisables.
C'est un roman savoureux dans tous les sens du terme ; bien sûr on y cuisine, bien sûr on y déguste une cuisine qui puise ses racines dans la tradition juive indienne, mais surtout on y goûte la vie, sous toutes ses formes, depuis le poisson venu s'échouer sur le pas de porte de Rachel un jour de tempête jusqu'aux souvenirs à la fois pudiques et sensuels des années de mariage de Rachel.
En témoigne ce récit que Rachel livre à sa fille, Zephra : elle avait appris que son fiancé avait l'intention de rompre son engagement, la trouvant trop maigre. Elle décida alors de le séduire avec ses propres armes...
Rachel faisait griller les pouranpoli tout en racontant à sa fille l'histoire de ses fiançailles. Zephra la regardait avec respect ; elle était fière de cette mère qui, même quand elle n'était qu'une toute jeune fille, s'était déjà montré assez forte pour s'opposer aux traditions. [...]
"J'avais demandé à ma mère de nous laisser seuls à la cuisine. J'étais assise par terre et je fabriquais des pouranpoli. Lui, il était assis en face de moi, les yeux baissés, sans rien dire. Évidemment, il était gêné, après ce qu'il avait dit et surtout après ce qu'il avait fait.. Tout en travaillant, j'ai levé mon regard vers lui en souriant. Et là, il m'a regardée comme s'il me voyait pour la première fois. Je portais une jupe rose vif, un corsage de brocard et un sari de soie brodé. Assise comme ça, sur le sol, j'avais l'air moins maigre. Brusquement, il m'a demandé : "Tu as dit quelque chose ?"
"Je lui ai fait non de la tête et je lui ai donné un pouranpoli plein de beurre. J'ai continué mon travail et dès qu'il a eu fini de manger, je lui ai tendu une autre galette en demandant : "C'est bon ?" Il a souri en hochant la tête, la bouche pleine. Ensuite, j'ai poussé un gros soupir et j'ai dit : "Mais tu ne m'aimes plus."
"Il m'a regardée et, toujours la bouche pleine, il a dit : "Je n'ai jamais dit ça."
"Ah bon ? ai-je répondu. Tu as peut-être oublié. Il y a quelques jours ta mère est venue ici pour rompre nos fiançailles, simplement parce que tu me trouves trop maigre !"
"Alors là ! Il étaiut tout confus, il ne savait plus trop quoi dire : "Maigre ? Je n'ai pas dit ça. J'ai juste dit à ma mère que j'aurais préféré que tu sois un peu plus ronde." [...]
"C'est là que je me suis rendue compte qu'on avait un sérieux problème. J'aio posé mon rouleau à pâtisserie, je me suis essuyé les mains et je lui ai demandé : "Tu aimes vraiment mes pouranpoli ?"
"Oui", m'a-t-il répondu en souriant.
"Prends-en un autre", lui ai-je dit.
"Il en a mangé un autre, tout en me racontant les plans qu'il avait échauffaudés pour notre avenir commun. Il en était à peu près à sa sixième galette quand il s'est rendu compte que moi, je n'avais rien mangé. C'est là qu'il m'a demandé une autre galette et tu sais ce qu'il a fait ? Il en a pris un morceau et il me l'a mis dans la bouche. Ensuite, il s'est penché vers moi, et nos lèvres se sont effleurées, juste une seconde. Eh oui, c'était notre tout premier baiser ! " Rachel rougit et continua : "C'est quand il m'a demandé de remettre ma bague de fiançailles que j'ai compris que je n'avais plus à m'en faire. Et d'ailleurs, c'est là que je me suis rendue compte qu'il portait toujours la sienne !"
Esther DAVID, Le Livre de Rachel, 2009.
Plus d'infos sur le site de la maison d'édition Héloïse d'Ormesson
19:34 Publié dans Littérature gourmande | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : littérature, gourmande, cuisine, david, inde, pouranpoli |
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