23.10.2008
Les Déferlantes (C. GALLAY)
Trois allumettes une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
Et l'obscurité tout entière pour me rappeler tout cela
En te serrant dans mes bras.
Il était impossible d'évoquer ce roman sans évoquer Jacques PREVERT, qui y est présent d'un bout à l'autre, clairement ou en filigrane. Aneth il y a quelques jours citait ce"Paris at night" et il s'est imposé tout au long de ma lecture du roman de Claudie GALLAY, Les Déferlantes.

"La Hague... Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu'il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d'hommes. C'est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l'automne. Employée par le Centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs. La première fois qu'elle voit Lambert, c'est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui le visage d'un certain Michel. D'autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l'ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent. L'histoire de Lambert intrigue la narratrice et l'homme l'attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes ? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire."
Si je ne devais garder qu'un nom pour évoquer ce roman, je dirais "lumière". Mais une lumière qui serait aussi diverse, aussi changeante, aussi précieuse que les lumières normandes (que j'adore, on le sait...). Certains m'avaient dit : "On dirait du Gavalda." D'une certaine manière je peux l'entendre : ce même goût des personnages cabossés, cette même construction de roman choral, mais le style et les personnages de Claudie GALLAY sont bien plus pessimistes que ceux d'Anna GAVALDA. L'humanité dépeinte dans Les Déferlantes est sombre, les personnages sont dans la vie et cette vie est loin d'être belle. Pourtant ils sont là, et ils se lèvent tous les jours pour qu'elle continue, à l'image de Nan, qui à chaque tempête va attendre ses morts, ceux que la mer lui a pris, de la vieille, qui tous les soirs serre son sac, attendant que son mari ne vienne la chercher.
Et puis il y des personnages aussi lumineux qu'ils sont douloureux : la Petite, Michel, ou même Morgane. Avec un style unique, fait tout à la fois de brutalité et de simplicté, Claudie GALLAY dépeint de manière impressionniste cette pointe de nulle part, avec ses oiseaux qui viennent se fracasser sur les vitres du phare comme les déferlantes au moment des grandes marées. Au milieu de tout cela, il y a la narratrice, grande brûlée de la vie, qui est venue la fuir, qui est venue s'éteindre, et qui, à la lumière des autres, va voir se ranimer les braises intérieures qu'elle croyaient éteintes.
Alors même si j'ai trouvé parfois quelques longueurs à ces 524 pages, même si j'aurais aimé en arriver plus vite à la fin du mystère, le Mystère, même si... C'est un magnifique roman, tout empreint de gravité et d'humanité. Et ce fut très difficile d'en choisir un extrait. Oh, je ne vous ferai pas le coup de 'ils sont tous bons", ce n'est pas cela, mais ce roman dégage une telle harmonie, une telle musique intérieure, qu'il est difficile d'en prélever un morceau. J'ai essayé quand même. Voici donc :
GARDIENNE DES HOMARDS
A midi, j'ai pris ma table, comme d'habitude, contre l'aquarium. Gardienne des homards ! c'est ce qu'il avait dit le patron la première fois que j'étais venue chez lui. Il m'avait installé là. La table des solitaires. Pas la meilleure. Pas la pire. J'avais vu sur la salle et sur le port.
A cause de la tempête, il n'y avait pas de menu. Le patron l'avait affiché, Aujourd'hui, c'est service minimum.
Il m'a montré la viande, des côtes d'agneau qui cuisaient sur le grill, dans la cheminée.
Les gendarmes étaient accoudés au bar.
- Les bateaux qui font naufrage, pour les hommes d'ici, c'est la providence! a dit le patron.
Les gendarmes n'ont pas répondu. Ils avaient l'habitude et puis ils étaient nés ici, un secteur entre Cherbourg et Beaumont. Ils connaissaient tout le monde.
Le patron m'a apporté quelques crevettes pour patienter. Un verre de vin.
J'ai regardé par la fenêtre, les planches qui continuaient d'arriver et les hommes qui attendaient.
Lambert était toujours sur le quai.
La vieille Nan avait disparu.
Claudie GALLAY, Les Déferlantes, 2008.

Découvrez Jean Ferrat!
08:25 Publié dans Ma Bibliothèque... verte ! | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : gallay, déferlante, lecture, normandie, homard |
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31.08.2008
Index des voyages
Voici tous les lieux dont j'ai parlés :
- L'Irlande ici
- La Normandie là
- Le Mali, avec Bamako, Siby, Ségou, Ségou encore, et la cuisine du Mali.
- La Corse, avec le Cap corse, la côte orientale et occidentale.
21:19 Publié dans Index | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : index, voyage, mali, normandie, irlande, cap corse |
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21.04.2008
Normandie mon amie
La Normandie et moi, c'est une histoire qui fut initiée par l'Education nationale. Lorsque jeune professeur, je dus faire des voeux d'affectation pour mon premier poste, trois solutions s'offraient à moi : Paris (ou plus exactement la banlieue parisienne), Lille ou Rouen. En effet, lorsque vous êtes professeur débutant, célibataire et sans enfants, vous remplissiez toutes les conditions en 1993 pour ces trois académies.
Paris ne m'a jamais fait rêvé, sinon le temps d'un week end ; à cette époque, les ch'tis n'avaient pas encore conquis leur public et Lille-Roubaix-Tourcoing ne me disaient rien, c'est donc l'académie de Rouen que j'ai choisie. Et c'est ainsi que fin août 1993 (parce qu'évidemment, l'affectation, on ne l'apprenait que dix jours avant la rentrée, c'était plus commode pour se loger...), j'ai débarqué à Saint Valéry-en-Caux.
J'avais été nommée dans un petit collège, au coeur du pays de Caux, une région que je ne connaissais qu'à travers la littérature, MAUPASSANT mais surtout Maurice LEBLANC. Sans doute quelque lointain sixième sens me disait, à l'époque où je dévorais les aventures d'Arsène Lupin, qu'un jour j'irai sur ses terres. Mais ce sixième sens était loin de me prédire que ce serait un coup de foudre absolu.
Installée à Veulettes-sur-mer,
que le guide vert annonçait comme possédant 199 habitants (et que les autochtones m'ont garanti être le chiffre en haute saison...), j'ai passé une année à photographier la mer de mon balcon du salon. J'ai bien dû en faire plusieurs centaines, tant j'étais fascinée du spectacle de cette mer qui ne ressemble à nulle autre, qui peut dans la seconde passer du gris ardoise
à l'opale la plus pure,
devenir presque blanche,
avant de reprendre ses esprits
J'ai passé une année de bonheur, à déambuler à travers cette Normandie qui s'inscrivait chaque jour un peu plus dans mon coeur. J'allais lire à Étretat
pour le plaisir de contempler l'aiguille à mes pieds, fichée entre la Manneporte et la porte d'Aval.
Nous étions, ma meilleure amie et moi, tous les samedis à Rouen,
histoire de refaire notre stock de livres et Cds, car je vous parle d'un temps où Internet n'existait pas et où il fallait se déplacer pour obtenir ce qu'on voulait...
Ce qui avait du bon, puisque cela nous permit de découvrir un endroit magique, dans le vieux Rouen, l'aître Saint Macloud,
un ancien cimetière de pestiférés absolument magnifique, havre de paix et de sérénité...
Bien sûr, on allait aussi à Dieppe,
ou encore à Honfleur, que tous ceux que j'ai emmenés là-bas n'ont pu qu'aimer...
Mais je garde une place dans mon coeur pour Varengeville et son cimetière marin, d'où la vue est la plus somptueuse qui soit
... et où l'on songe que George BRAQUE a bien de la chance de reposer avec cette vue-là...
J'ai eu la chance de voyager de par le monde et de connaître d'autres mers, d'autres océans. Je me suis baignée dans le lagon calédonien et dans les eaux des Cyclades, mais ma mer de rêve, mon océan de bonheur, c'est ce petit triangle, comme dit Maurice LEBLANC, situé entre Rouen, Dieppe et Fécamp, plus exactement sur la côte, non loin de Saint Valery, là où la mer ne ressemble à nulle autre et qu'il faut l'avoir vue pour le croire, là où les falaises de craie viennent embrasser l'horizon et où le ciel ne reste jamais en place :
Et pour les oeuvres de Maurice LEBLANC :
15:37 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : aiguille, aître, honfleur, normandie, pays de caux, rouen, saint valéry |
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12.04.2008
Le mal du pays... (M. LEBLANC)
- [...]Oui, quelque chose me manquait soudain, auprès de quoi rien ne comptait plus de ce que j'aimais et de ce que je désirais...
- Le mal du pays...
- Le mal du pays de Caux. Il n'est pas besoin d'en être pour l'éprouver. Quand la magie de ce plateau et de ces valleuses vous est entrée dans l'âme, c'est fini.
Maurice LEBLANC, "Le Mal du pays de Caux", 1931.
J'y retourne donc...
07:15 Publié dans Blowing in the wind | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : leblanc, normandie, pays de caux |
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