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souchon

  • Je suis une locavore et j'aime ça !

    Imprimer Catégories : Les chroniques de Ronchonnette Casse-Bonbons

    Eh oui, ça m'est tombée dessus comme ça, l'autre matin, alors que j'écoutais la revue de presse de Michel Grossiort : je suis une locavore ! Pire : une adepte du "fait maison" ! Je cite : "Là tout le monde comprend, il s’agit de fabriquer soit même certains produits, son pain, ses yaourts, voire ses cosmétiques, un retour très tendance…)".

    Je ne sais pas pourquoi, je décèle comme une pointe d'ironie dans cette remarque... Comme si perdre son temps à des choses aussi futiles était particulièrement imbécile quand il suffit de pousser la porte d'une boulangerie pour acheter sa baguette ! De tendre le bras pour attraper un pack de yaourts bien emballés dans leur carton glacé ! Alors que quand même ON A AUTRE CHOSE A FAIRE ! Comme...

    Eh bien comme quoi, justement ?

    Moi, mon pain, je ne le fais pas tous les jours. Il faut que j'ai envie. Envie notamment de sentir la délicieuse odeur du pain cuisant au four parfumer la maison. Les yaourts, c'est autre chose. Je n'ai toujours aimé que les yaourts nature et j'avais l'impression de plus en plus de ne sentir qu'un goût d'eau et de moins en moins celui du lait. Le plus difficile, avec la yaourtière, c'est de la faire tourner tous les soirs ! Ce n'est pas long à préparer, mais il faut le faire...

    Je sais que je ne convaincrais que ceux qui le sont déjà, avec mes idées bobos et mes fleurs dans les cheveux, mais franchement, ça fait du bien ! De manger un pain sur pâte fermentée par exemple, ou un pain sur poolish, ou encore des baguettes, des pizzas à pâte fine comme à pâte épaisse, des sandwiches et, bien sûr, des yaourts.

    Ah, ça fait du bien d'être en marge, quand même... Allez, tous ensemble :

     

    Je m'souviens on avait des projets pour la terre
    pour les hommes comme la nature
    faire tomber les barrières, les murs,
    les vieux parapets d'Arthur
    fallait voir
    imagine notre espoir
    on laissait nos cœurs
    au pouvoir des fleurs
    jasmin, lilas,
    c'étaient nos divisions nos soldats
    pour changer tout ça

    changer le monde
    changer les choses avec des bouquets de roses
    changer les femmes
    changer les hommes
    avec des géraniums

    Paroles : Alain SOUCHON / Musique : Laurent VOULZY

    Album Caché derrière, 1992.

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  • Le gâteau au chocolat d'une vraie cuisine d'une vraie maison (A. GAVALDA)

    Imprimer Catégories : Littérature gourmande

    L'avantage d'Anna GAVALDA, c'est qu'elle a déjà écrit son chef-d'oeuvre. Comme ça, c'est fait, c'est dit, jamais plus elle ne refera Ensemble, c'est tout et maintenant qu'elle a prouvé qu'elle savait le faire, elle est tranquille, elle peut écrire comme elle veut, ce qu'elle veut, s'offrir le luxe de tourner autour du pot, de casser les pieds à son lecteur en l'ennuyant avec les tourments et désarrois de son personnage, de lui faire des commentaires à la manière des auteurs du XVIIIème ("Retrouvons maintenant notre héros...") et puis, tout à coup, de lui offrir des moments miraculeux, comme c'est le cas à partir de la moitié de son livre, là où "ça commence vraiment", là où ça devient du Gavalda.

    La_Consolante

    Disons-le tout de suite, le roman commence très exactement à la page 307. Tout le reste, tout ce qui a précédé, n'était que littérature. Une lourde et longue entrée en matière pour préparer au bonheur des pages qui vont suivre. Du Gavalda pur jus : personnages fêlés, lézardés par la vie, plume à la fois acerbe et tendre, portant sur notre société un regard sans concession, et, surtout, un amour de l'humain sans partage. Anna GAVALDA fait du roman social, n'en déplaise à ceux qui ne voient en elle qu'une gentillette post-baba cool ou nouvelle bobo, c'est selon. Son Charles Balanda, ce quadra qui n'en peut plus de sa vie, c'est celui des chansons d'Alain SOUCHON, ce désenchanté qui ne sait plus où se mettre. Le pire, c'est lorsqu'il retrouve son ami d'enfance, qu'il avait quitté ado voulant devenir Chet Baker et sur le point de l'être tant il avait brûlé sa jeune vie par les deux bouts, et qui est devenu le "p'tit caporal de centre commercial" chanté par SOUCHON, "tapioca, potage et salsifis", "rangé à plat dans c'tiroir", dans sa maison "lapeyrisée", son bermuda Quetchua et son tablier "C'est moi le chef".

    Alors bien sûr, on pourra chipoter sur ce livre "inaccompli". Sur ces personnages laissés en plan, comme cette Marion qui traverse l'histoire en étoile filante, pleine de promesses, mais qu'on ne verra plus... Sur cette histoire qui se tortille de tous les côtés jusqu'à s'égarer parfois. Sur ces effets de style (l'absence de sujets...). Mais la magie GAVALDA est là. Dans ce roman bancal comme le sont ses personnages. Et pour vous le prouver que la magie fonctionne, je vous en offre un petit morceau. Voici donc :

    LE GÂTEAU AU CHOCOLAT D'UNE VRAIE CUISINE D'UNE VRAIE MAISON

    La porte d'entrée était entrouverte. Charles toqua, puis posa sa main bien à plat sur le pan de bois tiède.

    Pas de réponse.

    Lucas s'était faufilé à l'intérieur. La poignée était plus chaude encore, la retint un moment avant d'oser le suivre.

    Le temps que ses pupilles s'habituent au changement de luminosité, ses pailles étaient déjà éblouies.

    Combray, le retour.

    Cette odeur... Qu'il avait oubliée. Qu'il croyait avoir perdue. Dont il se contrefichait. Qu'il aurait méprisée et qui le faisait fondre de nouveau. Celle du gâteau au chocolat en train de cuire dans la vraie cuisine d'une vraie maison...

    N'eut pas l'occasion de saliver très longtemps car déjà, et comme sur le seuil quelques instants plus tôt, ne savait plus où donner de l'étonnement. [...]

    Charles était fasciné. Qui a fait ça ? demanda-t-il dans le vide.

    Une cuisinière, plus imposante encore, en émail bleu ciel, avec deux gros couvercles bombés sur le dessus et cinq portes en façade. Ronde, douce, tiède, appelant la caresse... Un chien devant, sur une couverture, sorte de vieux loup qui se mit à gémir en les apercevant, tenta de se redresser pour les accueillir, ou les impressionner, mais qui renonça, et s'affaissa en couinant de nouveau.

    Une table de ferme (de réfectoire ?), immense, bordée de chaises dépareillées, sur laquelle on venait de dîner et qui n'avait pas été débarrassée. Des couverts en argent, de assiettes bien saucées, des verres à moutarde copyrightés Walt Disney et des ronds  de serviette en ivoire.

    Un vaisselier ravissant, stylé, fin, chargé jusqu'à la gueule de terrines, de faïences, de bols, d'assiettes et de tasses ébréchées. Dans le creux d'une souillarde, un évier en pierre, sûrement très malcommode, où s'empilaient des tas de casseroles dans une bassine jaunie. Au plafond, des paniers, un garde-manger au tamis troué, une suspension en porcelaine, une espèce de boîtier presque aussi long que la table, creux, ponctué d'ouvertures et d'encoches où se balançait l'histoire de la cuillère à travers les âges, un rouleau à mouches d'un autre siècle, des mouches de celui-ci, ignorant le sacrifice de leurs aïeules et se frottant déjà les pattes à la perspective de toutes ces bonnes miettes de gâteau...

    Anna GAVALDA, La Consolante, 2008.

    Pour mémoire, et parce que je n'ai pas trouvé de version video de la chanson, voici un extrait de la chanson de SOUCHON, "le Bagad de Lann Bihoué" :

    Tu la voyais pas comme ça ta vie,
    Pas d'attaché-case quand t'étais p'tit,
    Ton corps enfermé, costume crétin,
    T'imaginais pas, j'sais bien.
    Moi aussi j'en ai rêvé des rêves. Tant pis.
    Tu la voyais grande et c'est une toute petite vie.
    Tu la voyais pas comme ça, l'histoire :
    Toi, t'étais tempête et rocher noir.
    Mais qui t'a cassé ta boule de cristal,
    Cassé tes envies, rendu banal ?
    T'es moche en moustache, en laides sandales,
    T'es cloche en bancal, p'tit caporal de centre commercial.

    Tu la voyais pas comme ça frérot
    Doucement ta vie t'as mis K.-O.
    T'avais huit ans quand tu t'voyais
    Et ce rêve-là on l'a tous fait
    [...]

    Tu la voyais pas comme ça ta vie,
    Tapioca, potage et salsifis.
    On va tous pareils, moyen, moyen...

    La grande aventure, Tintin,
    Moi aussi, j'en ai rêvé des cornemuses.
    Terminé, maintenant. Dis-moi qu'est-c' qui t'amuse ?

    [...]

    Alain SOUCHON, 1977.

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